‹ Théâtre de fantaisieChapitre 25 sur 51 · SOUFFLÉ AU TAPIOCA · texte numérisé non relu

SOUFFLÉ AU TAPIOCA

Mesdames et messieurs, vous me voyez dans un grand embarras. Madame la baronne de Pontabodet, qui nous reçoit avec tant de charme et d'amabilité, me prie de réciter une scène de ma composition. Par le plus grand des hasards^ j'ai cette scène sur moi; mais je ne suis pas sûr de ma mémoire, et je ne veux pas lire : cela n'a pas de grâce. J'avais bien prévu que, par le plus grand des hasards, ma femme viendrait ce soir, et alors j'aurais eu mon souffleur sous la main. Ce n^est pas ma femme qui doit me souffler, mais elle devait être accompagnée de mon cousin germain Ernest Gobergeot. (Il porte le même nom que moi, ce qui fait que, lorsqu'il se présente dans un salon avec ma femme, on annonce toujours « Monsieur et madame Gobergeot, » de telle sorte qu'on le prend souvent pour moi et qu'on me prend, moi, pour mon cousin.) C'est un garçon d'un grand mérite et excellent souffleur. Il devait être ici, par le plus grand des hasards, et proposer de me souffler. Mais je ne vois pas venir ma femme, ni, par conséquent, mon cousin Ernest .Si, parle plus grand des hasards, il se trouvait

dans la société une personne intelligente qui voulût bien meservir de souffleur.. . ? (Désignant deux personnes.) Monsieur? ou plutôt monsieur? Non ? Si^ Je vous en supplie. Voici le manuscrit, (il donne le manuscrit.) Ayez la bonté de me regarder toujours en face et de ne pas perdre de vue le texte, Faites en sorte que personne ne vous entende, excepté moi. Je sais fort bien mon morceau, qui, je vous le répète, est de ma composition; mais si vous me voyez embarrassé, et seulement alorSj vous aurez la bonté de me soutenir. Attention : je commence. Ah! encore une observation : si ma femme arrivait pendant la scène... Vous connaissez ma femme? Oui? Elle sera d'ailleurs avec mon cousin. Vous connaissez Ernest Gobergeot? Oui? Parfait. Dans ce cas, vous auriez la complaisance de remettre à mon cousin, pas à ma femme, le manuscrit que je vous ai confié. Vous l'appelleriez à voix basse, sans que personne s'en aperçoive, et vous lui céderiez votre place... C'est bien convenu! Je commence.

Mesdames et messieurs, je réclame votre indulgence en faveur d'un jeune auteur qui se produit devant vous dans les plus mauvaises conditions. Vous le voyez, je n'ai pas de théâtre et je manque de souffleur. Mon cousin Ernest devait accompagner ma femme à cette réunion d'élite, mais ne voyant arriver ni l'un ni l'autre, j'ai dû prendre un souffleur inconnu, le premier qui m'est tombé saus la main. Il a l'air intelligent, soit; mais les apparences sont si trompeuses! C'est peut-être un.., j'espère que non. Enfin je livre mon esquif au plus grand des hasards. Ma pièce est intitulée : Le Tapioca anti-matrimonial . C'est original.

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