‹ Théâtre de fantaisieChapitre 40 sur 51 · SCENE PREMIERE DURAND,puis ANTOINE et JUSTINE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE DURAND,puis ANTOINE et JUSTINE

DURAND. Il est assis sur un canapé.

Allons, quoi qu'on en dise, il y a encore du bon dans la vie. Le soleil s'est levé joyeux ce matin. Quel beau temps pour ma femme qui est à la campagne ! Je vais, je viens, je me couche, je me lève; je suis mon maître. Il semble que je sois redevenu garçon et que j'aie cessé d'être notaire.

ANTOINE, chantant Tra, la, la, la...

DURAND

Qu'est-ce, Antoine ? Il me semble que vous me manquez de respect ?

ANTOINE

Baste ! Madame n'est pas là.

DURAND

C'est bon. Je vais sortir ; vous disposerez ma toilette dans ma chambre.

ANTOINE

Habit noir ?

DURAND

Non. Habit bleu à boutons d'or.

ANTOINE

Pantalon noir?

DURAND

Non. Pantalon blanc.

ANTOINE

Cravate blanche ?

DURAND

Non î Peu m'importe la couleur, pourvu qu'elle ne soit pas blanche. Allez.

ANTOINE

C'est bien, monsieur. Tra, la, la la.

Il sort.

DURAND

Enfin, je vais donc dépouiller pour un jour cette défroque immuable qui sent Tetude, le papier timbre, le contrat, le mariage, Tenterrement !...

JUSTINE, ei:e entre en chantant. »

Tra, la, la, la... '

Justine, je dîne en ville.

UN MAIUACjK l'f)S'|-illMi: '^O?

JUSTINE

Chez qui r

DURAND

Je vous dis que je dîne en ville.

JLSTINl-:.

Ah ! tant mieux, tant mieux !

DURAND

Que signitie ce tant mieux ?

JUSTINE

Ah ! monsieur, je vais vous dire : j'ai un frère qui est arrivé, et si monsieur voulait me permettre de sortir ce soir... ?

DURAND

Justine, combien avez-vous de frères ?

JUSTINE

Monsieur sait bien que j'en ai trois du premier lit, quatre du second et...

DURAND

Cest bien, c'est bien. Mais il me semble que vous sortez bien souvent?

JUSTINE

Madame est à la campagne. (Après un momentde silence.) A quelle heure monsieur rentrera-t-il ?

Je n'en sais rien.

JUSTINE

Si monsieur voulait prendre une clef?

DURAND

Ah ! je comprends : vous garderiez Tautre?

JUSTINE

Pour le cas où je rentrerais avant monsieur.

DURAND

Très-bien. Allez me chercher ma clef.

JUSTiNEj la tirant de sa poche.

La voici.

DURAND

Et l'autre?

JUSTINE^ même jeu.

La voilà.

DURAND

Ah ! vous pourrez sortir à cinq heures.

JUSTINE

Merci, monsieur. Tra, la, la, la.

Elle sort.

ANTOINE, rentrant.

Monsieur, tout est prêt, Thabit bleu, le pantalon blanc et une cravate jaune que monsieur n'a jamais mise. Est-ce que monsieur aura besoin de moi, ce soir?

DURAND

Pourquoi ?

ANTOINE

Parce que j'ai un parent qui est arrivé et qui compte sur moi pour le guider dans la capitale. À

UN M.\iUA(ii: l'OSTiii'Mi-: 'iOD

DURAND

(^ucl est ce pare m ?

ANTOINi:.

Uii cousin.

DURAND

Son nom ?

ANTOINE

Son nom ? Eh I parbleu ! c'est... C'est son nom que monsieur veut savoir ?

DURAND

Oui.

ANTOINE

C'est mon cousin Jean Louis. Est-ce que je pourrai prendre la seconde clef?

DURAND

C'est Justine qui Ta.

ANTOINE

C'est bien, monsieur, je m'entendrai avec elle. Tra, la, la, la.

TURAND.

Eh bien, il n'est pas plus difficile de faire des heureux. Et maintenant, songeons à moi. Que vais-je faire? Me voici déjà embarrassé de ma liberté. Dix heures. Comment vais-je employer mon temps ?

ANTOINE

A propos, monsieur, il y a un client qui attend dans l'étude.

210 TiiliATRE DE FANTAISIE

DURAND

Peste soit du client.

ANTOINE

Il est là depuis huit heures.

DURAND

Je suis occupe.

ANTOINE

Tiens, voici M. Arthur.

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