SCENE III DURAND, LE GÉNÉRAL
LE GÉNÉRAL
Le notaire, s'il vous plaît?
DURAND
C'est moi, monsieur.
LE GÉNÉRAL
Vous êtes biea jeune, monsieur : de mon temps on n'était pas notaire avant quarante ans.
DURAND
Q.u'y a-t-il pour votre service?
Monsieur, je suis le général Leturcq.
DURAND
Donnez-vous la peine de vous asseoir.
LE GÉNÉRAL
C'est inutile, monsieur, voilà deux heures que je suis assis dans votre antichambre.
DURAND
Les affaires...
LE GÉNÉRAL
Monsieur, je suis le général Leturcq. Je viens vous demander des renseignements sur un jeune homme qui recherche la main de ma fille. Quoique soldat, je suis père. Il s'agit de monsieur... monsieur... (n consulte son carnet.) Attendez que je consulte mes notes, je n'ai pas la mémoire des noms. Ah I m'y voici ; M. Arthur Laroche. Vous le connaissez ?
DURAND
Il est mon ami le plus intime.
LE GÉNÉRAL
Sacrebleu ! monsieur, songez-y ; il y va du bonheur de ma fille. Je ne suis pas disposé à la donner au premier venu. Il me faut les renseignements les plus
UN MARIAGE POSTHUMK 2iU
exacts et les plus circonstanciés. Je veux m'entourer de toutes les prJcauiions imaginables. Ainsi, monsieur, réfléchissez avant de repondre et ne parlez qu'à bon escient. Quelle est la position du jeune homme ?
Deux cent mille.
LE GÉNÉRAL
En quoi?
DURAND
En espèces sonnantes et disponibles le jour du contrat.
LE GÉNÉRAL
Vous en êtes bien certain ?
DURAND
Lu fortune est entre mes mains.
LE GÉNÉRAL
Sacrebleu I monsieur, touchez là, ma fille est à votre ami.
DURAND
Gomment ?
LE GÉNÉRAL
C'est à n'y pas revenir. Je suis le "gênerai Leturcq et et quand j'ai dit oui, il suffit.
DURAND
Monsieur a servi sous l'empire ?
LE GÉNÉRAL
Oui, monsieur, à la fin de l'empire. A propos, di-
tes-moi : ce jeune homme est bien; pas d'infirmités? Pas de vices organiques? Il a le caractère convenable, les mœurs douces?... Bien^ bien. Comment diable est-il devenu amoureux de ma fille ?
DURAND
Vous dites ?
LE GÉNÉRAL
Je dis : comment diable... ? Il l'aura rencontrée dans le monde... assise. Dites-moi donc où je pourrai le voir ?
DURAND
Q.ui?
LE GENERAL
Monsieur... monsieur... mon gendre.
DURAND
Arthur? Chez moi.
LE GÉNÉRAL
Quand ?
DURAND
Aujourd'hui^ demain, tous les jours.
LE GÉNÉRAL
C'est bien ; je reviendrai aujourd'hui.
DURAND
Monsieur, je suis votre serviteur.
Monsieur, retenez bien ceci : Je me nomme le gé-
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ncral Lcturcq et ma lîllc Kmma est à votre ami. Vous
avez ma parole. A bientôt, monsieur, à bientôt.
Kn sortant le général rencontre madame Bellcgarde qu'il salue.