‹ Théâtre de fantaisieChapitre 43 sur 51 · SCENE IV DURAND, MADAME BELLEGARDE · texte numérisé non relu

SCENE IV DURAND, MADAME BELLEGARDE

MADAME BKLLiiGARDE, à la cantonade.

Laissez-moi, je n'ai qu'un mot à lui dire. (ADurand.) C'est vous qui êtes M. Durand, notaire? Oui, cela se voit tout de suite. Je suis bien enchantée de vous rencontrer. Il s'agit... Donnez-vous donc la peine de vous asseoir.

DURAND

Mon Dieu ! madame je suis désolé : des affaires pressantes...

MADAME BELLEGARDE

A votre aise, à votre aise, monsieur... je n'ai pas l'habitude de déranger les gens. Un seul mot.

DURAND

Parlez, madame.

MADAME BELLEGARDE

Monsieur, voici toute l'affaire. J'ai une fille, quelle fille, monsieur ! Certes si je n'étais pas sa mère, j'en aurais long à dire sur son compte ; mais comme je suis obligée à la discrétion, je me bornerai à vous dire qu'elle a toutes les qualités, qu'elle...

DURAND

Madame^ je ne suis pas pour vous contredire ; mais je suis tellement presse en ce moment...

MADAME BELLEGARDE

Je vous comprends, monsieur^ je vous comprends et je finis. Je vous disais donc... que vous disais-je?

DURAND

Que vous avez une fille.

MADAME BELLEGARDE

Ah ! c'est cela : charmante, monsieur, d'une humeur si douce, de manières si distinguées !... Elle a dix-huit ans à peine, c'est moi qui ai fait son éducation, et puis elle a cent mille écus de dot. Vous êtes marie, monsieur ?

DURAND

Oui, madame.

MADAME BELLEGARDE

Oh î on n'a pas besoin de le demander; quand on voit cet ordrej cette tenue et puis, un notaire...

DURAND

Vous disiez^ madame ?...

MADAME BELLEGARDE

Qu'eUe est ma fille unique ; c'est tout vous dire.

Mon Dieu, madame, songez que les affaires...

MADAME BELLEGARDE

Oh ! vous avez bien raison : les affaires avant tout.

UN MAIIIACK i>()S'J'HUME '22H

Vous comprenez bien, monsieur, qu'avec sa dot, son àgc et son éducation, ma tille a été plus d'une fois demandée en mariage. Certes les concurrents n'ont pas manqué. Je ne vous parlerai pas d'un m.'gistrat de Paris, d'un banquier de Pontoise, d'un propriétaire de Perpii^nan et de tant d'autres dont l'énumcration serait trop longue, et j'arrive immédiatement au sujet qui m'amène.

DURAND

Enfin I

MADAME BELLEGARDE

Vous êtes notaire, monsieur?

DURAND

Oui.

MADAME BELLEGARDE

C'est un bel état.

DURAND

Pas toujours.

MADAME BELLEGARDE

Je viens vous demander des renseignements. Il s'agit de ma tille, monsieur, d'une fille qui a à peine...

Dix-huit ans.

MADAME BELLEGARDE

Dont j'ai fait...

DURAND

L'éducation.

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MADAME BELLEGARDE

Et à qui je donne...

DURAND

Cent mille ccus.

MADAME BELLEGARDE

Comment le savez-vous ? C'est peut-être moi qui vous l'ai dit ? Sa main m'a été demandée, entre autres, par un de vos clients, Arthur Laroche.

DURAND^ à part.

Arthur? Encore!

MADAME BELLEGARDE

N'est-ce pas, m.onsieur, que c'est un jeune homme charmant?

DURAND

Vous le connaissez ?

MADAME BELLEGARDE

Nullement. Il est blond, n'est-ce pas, monsieur ? Dites-moi qu'il est blond.

Mon Dieu, madame, il est blond comme tout le monde.

MADAME BELLEGARDE

Il est blond. Il est grand, n'est-ce pas, monsieur?

DURAND

Il est grand, il est grand comme moi.

MADAME BELLEGARDE

Ah! vous êtes d'une jolie taille. Vous êtes marié?

i:\ MAiu.\(ii: l'osifiiMi-: 's^.y

Oui, vous me. l'avez dit. Vous avez là deux charmants vases de la Chine : j'ai les pareils. (Combien vous ontils coûte ?

DURAND, à part.

Ah I l'agréable belle-mcre ! (Haut.) Madame, je suis désolé, mais il est deux heures, et il faut absolument...

MADAME BELLEGARDE

Monsieur, je serais désolée de vous porter le moindre préjudice. Ne vous dérangez donc pas. Seulement dites-moi où je pourrai voir ce cher Arthur ?

DURAND

Son domicile est chez moi ; mais il est sorti.

MADAME BELLEGARDE

A quelle heure rentrera-t-il ?

Je n'en sais rien.

MADAME BELLEGARDE

Ce cher enfant! Il est blond, j'en avais le pressentiment. J'ai toujours eu un faible pour les blonds; mon mari était brun, monsieur.

DURAND

Allons, madame, une fois pour toutes, il faut que je sorte.

MADAME BELLEGARDE

Oh ! irès-bien : sortez, rentrez^ faites comme chez vous. Pour moi, il faut que je voie Arthur et je l'attends.

DURAND

Comment ? Ici, chez moi I

MADAME BELLEGARDE

Je ne vous retiens pas. Je n^ai pas l'habitude de déranger les gens. Je reste volontiers seule. Ne vous occupez pas de moi ; allez, allez, mon cher monsieur Durand.

DURAND

Ma foi, madame, puisqu'il n'y a pas moyen de faire autrement, j'ai Phonneur de vous saluer.

MADAME BELLEGARDE

Votre servante, monsieur.

Ah ! l'agréable belle-mère !

Il sort.

MADAME BELLEGARDE

Veuillez avoir la bonté de m'envoyer le journal du jour.

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