L...^^. SCÈNE V
MADAME BELLEGARDE, puis ANTOINE et JUSTINE
MADAME BELLEGARDE
Il est bien gentil, ce petit notaire, bien aimable; enfin il est marié. C'est joli ici. J'ai soif. Il y a bien
UN MAUIA(Ji: POSTHUME 227
quelques domestiques dans la maison... (p:iic sonne.) Il fait chaud.
Kllc ouvre la fenêtre.
ANTOINE
Q.ui est-ce qui sonne ?
MADAME BELLEGARDE
Ah! c'est vous. Mon ami, veuillez m'apporter une carafe d'eau bien traîche avec un verre...
ANTOINE, à part.
Quelle est cette femme?
MADAME BELLEGARDE
Et du sucre.
ANTOINE
C'est bon.
MADAME BELLEGARDE
Et de la fleur d'oranger.
ANTOINE
Bien.
MADAME BELLEGARDE
Et le journal.
ANTOINE
Ah!
MADAME BELLEGARDE
Y a-t-il une bonne dans la maison ?
ANTOINE
Il y a Justine.
MADAME BELLEGARDE
Appelez Justine.
ANTOINE
Je puis m'en aller, cette fois?
MADAME BELLEGARDE
Oui, mon ami; je vous recommande Feau bien fraîche. (Antoine sort.) Oh ! mes pressentiments ne me^ trompent jamais. J'étais bien certaine que c'était un jeune homme à la taille bien prise, aux manières élégantes ; je suis sûre qu'il monte à cheval, qu'il fume. (Justine entre.) Ah! c'est VOUS, Justine ? Approchez, mon enfant. Vous dites donc qu'il est blond, blond cendré, n'est-ce pas? 11 aune petite moustache retroussée ? Il a nécessairement les yeux bleus ?...
ANTOINE, rentrant.
Voilà l'eau fraîche.
Il sort.
MADAME BELLEGARDE
Merci, mon ami. Laissez-nous. Continuez, Justine. Il est distingué dans sa mise? Il a la vue basse. Rien ne donne plus l'air élégant. On porte si bien le pincenez aujourd'hui !
JUSTINE, à part.
Quelle est cette vieille folle ?
MADAME BELLEGARDE
Mon enfant, versez-moi, je vous prie, de l'eau dans ce verre. Bien. Du sucre. Encore un morceau. Bien. Maintenant de la fleur d'oranger. C'est un antispasmo-
UN MAlUAfii: l'USTIllMl': 221)
dique. J'en ai besoin pour mes nerfs. Merci. Y a-t-il longtemps que vous êtes dans la maison ?
JUSTINE
Je crois bien ! Il y a trois mois.
MADAME BELLEGARDE
Alors vous devez bien le connaître au moral comme au physique. Les qualités du cœur correspondent-elles aux avantages extérieurs ?
JUSTINE
De qui me parlez-vous?
MADAME BELLEGARDE
D'Arthur.
Arthur ?
JUSTLNE.
MADAME BELLEGARDE
Arthur Laroche.
JUSTINE
Je ne le connais pas.
MADAME BELLEGARDE
Comment ? L'ami de M. Durand ?
JUSTINE
Ah 1 c'est ce petit jeune homme qui est arrivé ce matin, à ce que m'a dit Antoine. Je ne l'ai pas vu.
MADAME BELLEGARDE
Que ne ledites-vous tout de suite ? Impertinente que vous êtes ! Depuis une heure vous ne faites que me parler de ses cheveux blonds, de ses yeux bleus, de sa
moustache^ de son pince-nez! Que faites-vous ici? Qui vous demande? Qui vous retient? Sortez !
Madame, quand il y aura une place chez vous, je
vous demande la préférence.
Elle sort.