‹ Théâtre de fantaisieChapitre 46 sur 51 · SCÈNE VII MADAME BELLEGARDE, LE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

SCÈNE VII MADAME BELLEGARDE, LE GÉNÉRAL

LE GÉNÉRAL

Cette maison est une ve'ritable citadelle. Je suis entré plus facilement au Trocadéro. (Apercevant madame Bellegarde.) Pardon, madame, je n'avais pas eu l'honneur de vous apercevoir.

MADAME BELLEGARDE, saluant.

Monsieur...

LE GÉIŒRAL.

Vous êtes de la maison ?

MADAME BELLEGARDE

Non, monsieur, je viens pour affaire. J'attends ce cher M. Durand, mon notaire.

LE GÉNÉRAL

Moi de même.

Il s'assied.

MADAME BELLEGARDE, après un moment de silence. Croyez-vous qu'il rentre bientôt ?

LE GÉNÉRAL

Je n'en sais rien, madame.

MADAME BELLEGARDE, après un moment de silence. Ah î monsieur^ c'est une grande chose que d'établir sa fille unique !

Vous savez donc...

MADAME BELLEGARDE

Oui, c'est pour un mariage que je viens chez le notaire.

LE GÉNÉRAL

Cest comme moi.

MADAME BELLEGARDE

Ah ! monsieur, si vous connaissiez ma fille ! C'est moi qui ai fait son éducation ; elle a dix-huit ans à peine et je lui donne cent mille écusde dot.

LE GÉNÉRAL

Cent mille ecus? Comme moi.

MADAME BELLEGARDE

Vous aussi^ général ? Pardon, quel âge a monsieur votre fils ?

LE GÉNÉRAL

Mon fils est une fille, madame.

MADAME BELLEGARDE

Une fille aussi ? Quel singulier rapprochement ! N'est-ce pas, monsieur, qu'il en coûte de se séparer d'un enfant sur lequel on a concentré toutes ses affections?

LE GÉNÉRAL

Sacrebleu ! madame, je ne suis pas de votre avis et

rx M.MMAfii: i>()STnrMi: '2''')''\

je ne suis pas tàclvJ d'en tinir. Voilà assez longtemps que je promène partout mon Emma pour la marier.

MADAME BELLKGARDi:.

Comment ? avec trois cent mille francs?

LE GÉNÉRAL

Eh! sans cloute. C'est que par-dessus ses trois cent mille francs elle a un petit défaut.

MADAME BELLEGARDE

Eh ! général, qui n'a pas les siens?

LE GÉNÉRAL

Oui, mais il y a défaut et défaut.

MADAME BELLEGARDE

Tenez, ma fille qui est le modèle de toutes les perfections physiques et morales^ ma fille a (personne ne s'en aperçoit; mais rien n'échappe à l'œil d'une mère), ma fille, dis-je, a une légère différence dans une épaule.

LE GÉNÉRAL

Oui, elle est bossue.

MADAME BELLEGARDE

Monsieur !...

LE GÉNÉRAL

Eh ! madame, la mienne est boiteuse.

SCÈNEVIII

Les Mêmes, ARTHUR, arrivant tout elTaré.

ARTHUR, à part.

Une bossue et une boiteuse. (Apercevant le général et

madame Bellegarde.) Quelles sont ces personnes ? Qu'at-on à me regarder ainsi ?

LE GÉNÉRAL, à part.

Un jeune homme... Serait-ce mon gendre?

MADAME BELLEGARDE

Blond, vingt-cinq ans, moustache... Cest Arthur.

LE GÉNÉRAL

Dites-moi, jeune homme...

MADAME BELLEGARDE

Pardon, monsieur, j'attends ici quelqu'un. Serait-ce vous ?

ARTHUR

Non, madame, non.

MADAME BELLEGARDE

Vous êtes sans doute un ami du notaire?

ARTHUR

Son ami ?... Je le connais.

MADAME BELLEGARDE

Alors vous devez connaître M. Arthur Laroche.

ARTHUR

Arthur Laroche ?

Arthur Laroche !... Attendez donc que je consulte mes notes.

MADAME BELLEGARDE, à Arthur.

Vous le connaissez?

IL\ MAIUACH POSTHUMi: 2.'35

LH GÉNÉRAL

C'est bien cela, (a madame Bcllcgarde) Vous Connaissez Arthur Laroche ?

MADAME BELLEGARDE

Sans doute, puisqu'il doit épouser ma tille.

LE GÉNÉRAL

Luil

MADAME BELLEGARDE

Lui-même.

LE GÉNÉRAL

Pardon, madame. Nous disons Arthur Laroche.

MADAME BELLEGARDE

Blond, vingt-cinq ans, moustache, pince-nez.

LE GÉNÉRAL

Mais c'est mon gendre, madame.

MADAME BELLEGARDE

Mais c'est le mien, monsieur.

Voilà qui est violent.

MADAME BELLEGARDE

Je vous trouve plaisant.

ARTHUR, à part.

Comment vais-je me tirer de là?

LE GÉNÉRAL

J'ai là des preuves écrites.

MADAME BELLEGARDE

Voici des lettres, des pièces incontestables. D'ailleurs, monsieur, je suis arrivée la première.

LE GÉNÉRAL

J'étais déjà venu ce matin.

MADAME BELLEGARDE

Et je vous dis, monsieur, qu'il épousera ma fille !

LE GÉNÉRAL

Et je vous dis, madame, qu'il épousera la mienne I

MADAME BELLEGARDE

Une boiteuse!

LE GÉNÉRAL

Une bossue !

MADAME BELLEGARDE, à Arthur.

Monsieur, vous m'êtes témoin : Vous connaissez Arthur; c'est un jeune homme lovai qui ne voudra pas manquer à sa promesse sacrée. Dites-lui...

LE GÉNÉRAL

Dites-lui qu'il est un misérable.

MADAME BELLEGARDE

Dites-lui qu'il est trop galant homme...

LE GÉNÉRAL

Dites-lui qu'il est un polisson.

MADAME BELLEGARDE

S'il refuse de m'entendre...

LE GÉNÉRAL

S'il ne comprend pas ce que parler veut dire...

MADAME BELLEGARDE

Je le poursuivrai jusqu'au bout du monde.

LIN maluagl: POSTIIUMI-: '2'ii

LE GKNKRAL.

Je le forcerai bien à tenir sa promesse !

MADAME BELLEGARDE

Je crierai 'par-dessus les toits. Il faudra bien qu'il m'entende.

LE GÉNÉRAL

Il apprendra à me connaître.

MADAME BELLEGARDE

Tous les moyens me seront bons.

LE GÉNÉRAL

Je n'ai jamais reculé devant rien.

MADAME BF.LLEGARDE.

Je lui montrerai ma fille !

LE GÉNÉRAL

Je lui couperai les oreilles !

MADAME BELLEGARDE

Je lui intenterai procès sur procès I

LE GÉNÉRAL

Je le hacherai comme chair à pâté '

MADAME BELLEGARDE

Il saura ce que c'est que la veuve Bellegarde I

LE GÉNÉRAL

Je suis le général Leturcq !

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