‹ Théâtre de George SandChapitre 17 sur 142 · MADAME VANDERKE. ALEXIS. M. VANDERKE · texte numérisé non relu

MADAME VANDERKE. ALEXIS. M. VANDERKE

AI A DAME VANDERKE

Ali! vous parlez de ce voyage de Paris?... Il en a donc

tOUJOUrS envie? (eIU s'assied à gauche.) ALEXIS.

J'en ai envie, je l'avoue, el cependant si je me consultais bien, peut-être que j'aurais encore plus envie de rester.

M. VÀNDERK E.

Nous nous garderons bien de vous influencer. Vous désirez

prendre un peu l'air du monde, comme on dit ici; vous êtes comme tous nos jeunes gens, vous rougissez d'être encore un provincial ?

ALEXIS

Non, mon père. On n'est pas un provincial quand on est lieutenant de marine, et quand, à vingt-cinq ans, on a déjà vu les deux Indes. Mais on dit que Paris résume toute la terre, et il me semblait qu'après l'avoir vu, je ne me soucierais plus de faire le tour du monde.

MADAME VANDERKE

Vous êtes libre, mon cher enfant, et quelque douce que me soit votre présence, pas plus que votre père je ne m'opposerai aux voyages utiles à votre instruction... Ma santé s'est rétablie enfin, grâce à vos bons soins... Et cependant, si Paris suffisait à votre curiosité; si, après l'avoir vu, vous pouviez renoncer à ces expéditions lointaines!... Ah ! je me rappelle ce que j'ai souffert d'angoisses lorsque le vent soufflait sur nos plages ou qu'un grain se formait à l'horizon.

ALEXIS

Ma pauvre bonne mère !... vous faire tant de mal !... Tenez, mon père, il faudra que je quitte la marine et que je m'applique plus sérieusement à notre commerce.

M. VANDERKE

Vous n'êtes donc pas converti aux idées de votre tante la marquise, monsieur le chevalier?

ALEXIS

Non, et chaque jour je me convertis aux vôtres... Je ne saurais rougir de ce qui fait l'honneur de notre nom, et je veux suivre la carrière où vous marchez. Vous avez besoin de moi, puisque ma sœur a épousé un homme de robe, étranger à nos occupations. Tenez, tenez, il faudra que je me marie, pour devenir tranquille, sédentaire, attaché à la vie de famille ; c 3

tout le monde en sera heureux ici, et moi plus que personne, j'en suis certain !

MADAME VANDERKE

Ah ' s'il était vrai !

M. VANDERKE

Nous y songerons quand vous voudrez. Mais ce n'est pas a moi de vous chercher une dot, c'est à vous de trouver une femme. Je ne suis pas pour ces mariages qui se traitent comme une affaire, et où le cœur, la considération du bonheur domestique n'entrent pour rien. Je sais que les mariages d'amour ont une mauvaise réputation, mais moi tenant la main de «a femme' j'en ai fait un si heureux, que je n'en comprends pas d'autre.

ALEXIS

Oh! je suis bien de votre avis, mon père, et la fortune (nous en avons assez!, ne me décidera jamais. J'aurais beau faire l'esprit fort et le beau gentilhomme, je me sens les goûts simples et honnêtes, en dépit du ton et de la mode; je me sens voire fils, et j'en suis si orgueilleux que j'aurai bien la force de supporter les moqueries des gens du bel air. Je suis curieux de voir comment ces gens-là s'j prennent pour ruiner leur famille, leur caractère, leur santé, leur réputation, avec tant de peines el de -oins, quand il est si facile d'être honnête homme et heureux: et alors je serai impatient de revenir ici pour y finir tranquillement mes jours auprès d'une femme que vous me choisirez, belle comme ma sœur, bonne comme ma mère.

M. VANDERKE, pass-.n» a .licite.

C'est bien vite songer à finir vos jours, mon ami. Voyez le monde d'abord! Puisque vous en avez le désir, c'est que vous en sentez le besoin. J'aime mieux que vous ayez vu ce mondelà par vos veux que par les miens, et que vous le connaissiez avant de von- enfermer dans la vie domestique. Allez a Paris,

dous parlerons d'établissement a votre retour, si vous persistez.

ALEXIS, rorour et incerlain.

Peut-être avez-vous raison, mon père! je suis bien jeune, je ne serais peut-être pas digne de mon bonheur... Cependant, quand vous vous êtes marié, vous étiez encore plus jeune que je ne le suis, et vous n'avez pas eu lieu de vous en repentir.

M. VANDERKE

Il esl vrai, mais j'étais pauvre, condamné au travail; je n'étais pas un brillant fils de famille, un enfant gâté!...

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