SCÈNE VII SOPHIE, seule
Quel air de menace et de haine! Je ne peux pas souffrir ce garçon-là! Que regardait-il donc du côté du jardin? (Eiie soulève ie rideau. Il espionne toujours, il espionne partout! {me
cuvre la porte vitrée et la referme vivement-, ) Un llOIUme avec Un Ilian-
teau! J'ai eu peur!... Bah! c'est mon père... peut-être mon mari qui vient me surprendre... (eii8 retourne ouvrir.) Ah! mon
Dieu, C'est VOUS, mon frère? (Elle embrasse son frère qui entre.) SCÈNE Mil SOPHIE, ALEXIS, enveloppé d'un manteau.
Oui, c'esl moi, chère sœur, moi qui puis être découvert dans le jardin, car il me semble qu'on m'y cherche, et je viens me réfugier auprès de vous. Je ne veux pas être vu.
SOPHIli.
Vous ne voulez pas être vu ?
ALEXIS
Non! Sophie, fermons les portes, je vous en prie, (u torçic
porte du jardin, et Sopbie celle de l'antichambre.) SOPHIE.
Dites-moi donc vite...
ALEXIS, allant vers la porte de gauche .
Et ici ? personne ne peut nous entendre? Votre mari ?
SOPHIE
Il n'arrive que demain; si vous craignez d'être surpris... tenez, vous vous enfermeriez dans sa chambre, (aie dé»igne u porte de droite.,, Mais pourquoi tout ce mystère? Qu'y a-t-il donc ?
ALEXIS
Rien... Une nouvelle d'affaires que j'ai apprise à Beauvais, où mon père m'avait ordonné de prendre des informations... J'ai voulu, j'ai dû ne me fier qu'à moi du soin de la lui apporter. Savez-vous s'il a reçu ce soir une lettre déposée sur le bureau d'Antoine?
SOPHIE
Oui! j'ai vu Antoine la lui remettre... Mais pourquoi lui écrire, pourquoi ne pas le voir?
Je voulais attendre que tout le monde fût couché dans la maison; je ne veux voir que lui? je n'ai pu gagner ma chambre, Fulgence était sur mes talons.
SOPHIE
Ah!... Peut-être avez-vous tort de vous cacher ainsi !
ALEXIS
Peut-être ai-je eu plus tort encore de revenir!... Mais je ne reviens pas. Sophie. J'entre, je vous embrasse et je repars.
(il dépose son manteau et son chapeau.)
SOPH] E
Je vous sais gré de celte marque d'amitié... Mais avezvous quelque chose ii me «lire, à moi ?
ALEXIS, avi • Irouble.
Mais rien de particulier'... A propos! le mariage est-il conclu ?
SOPHIE
Le mariage de Victorine ';
ALEXIS
Oui! le mariage de Yielorine.
SOPHIE
Et s'il l'était?
ALEXIS
Eh bien, cela ne changerait rien à ma résolution de repartir à 1 instant même. Ma chaise de poste m'attend hors de la ville, et je veux avant le jour, reprendre la route de Paris... Il
est donc conclu le mariage?... Il doit l'être!
SOPHIE
Et s'il ne l'était pas?
ALEXIS
Il ne l'est pas? dites Sophie, il ne l'esl pas?
SOPHIE
11 le sera demain matin.
ALEXIS
Bien décidément?
SOPHIE
Il n'a pas été question de le rompre.
.\ !. EXIS, secouant -es jranU .l'un air indifférent, et évitant
Va Victorine?... est-elle triste, est-elle gaie? sera-t-elle
heureuse ?
.sop u 1 1;.
Ah! qui peut répondre de l'avenirl
ALEXIS
Il est vrai, lit moi-même... que sais-je du mien? Je n'y pensais guère quand j'ai désiré de partir... de voir le monde ! et puis, au dernier moment, je regrettais de n'avoir pas eu quelque projet plus raisonnable !
SOPHIE
Pourquoi n'avez-vous pas dit alors ce regret à mon père ?
ALEXIS
Il était trop tard !
SOPHIE
Pourquoi donc?
ALEXIS
Ah ! Sophie ! il est bien inutile à présent que je me confesse !
SOPHIE, se tournant vers Alexis qui marche avec agitation, un peu en arrière d'elle.
Voyons ! serait-ce au mariage que vous avez pensé ? aimeriez-vous? Quelles que soient vos résolutions, mon père les approuvera le jour où vous lui direz : J'aime tendrement, sérieusement, et pour toute ma vie.
ALEXIS
Sais-je bien si j'aime assez pour oser faire un pareil serment? mon propre cœur est devenu une énigme pour moi. J'hésite, je m'étourdis, je souffre... mais loin de m'encourager, il semble qu'on se soit appliqué à m'ôter toute espérance... Alors je m'efforce d'oublier, de me distraire, et après tout, c'est peut-être la seule chose sensée que j'aie à faire désormais, puisque je ne suis pas aimé !
SOPHIE
Ah! vous êtes incertain, vous sentez que vous pourriez facilement guérir, vous ne voulez pas donner tout votre cœur sans être assuré de retour? Quand on aime pour tout de bon, on ne se demande pas si on sera heureux. On aime parce
qu'on aime, voilà tout! Et vous n'aimez pas, mon frère! (eiio se i- ... Allons, n'y pensons plus, et ne compromettez pas l'avenir des autres, puisque vous abandonnez au hasard celui que vous pouviez créer vous-même. Parlez, dès que tout le monde sera couche. Je ne dirai à personne que je vous ai vu.
ALKXIS.
Mon père me desapprouverait peut-être d'être venu...
SOPH IE
Peut-être!... Et moi aussi! mais on vient, cachez-vous...
ALEXIS, allant à la porte de droite.
Nous nous reverrons un instant, nous causerons encore?
SOPHIE
Oui. OUi! enfermeZ-VOUs! (Elle pousse la porte sur Alexis et va ouvrir la perte de l'antichambre.)
ANTOINE. M. et MADAME VANDERKE,