‹ Théâtre de George SandChapitre 95 sur 142 · EDMÉE, MA U CASSE, PATIENCE, LÉONARD, BERNARD · texte numérisé non relu

EDMÉE, MA U CASSE, PATIENCE, LÉONARD, BERNARD

Au moment ou Bernard ouvre la porte, Léonard s'élance sur le seuil, niais

en s'appuyant aux embrasures, chancelant, livide, la tête nue,

les habits souillés et déchirés.

BERNARD

Léonard !

LEONARD, halotanfc et farouche, avec une expression de mépris. Ah! C'est VOUS? (patience et Marcasse, craignant pour Edmée, font le

geste de la garantir.) Oh! ne craignez rien, vous autres. Je suis

Seul, Sans armes, (il jette le manche et le tronçon d'un couteau de chasse

brisé dans sa main.) Et je suis harassé... criblé.. . Mais tel que je suis, vous ne me livrerez pas vivant, je vous en réponds.

PATIENCE

Vous livrer? non! Vous êtes chez moi, c'est sacré! entrez, reposez-vous; on vous cachera s'il le faut. (Refermant ia porte.) Ah! le malheureux! il laisse une trace de sang derrière lui.

M. ALBERT

Secourons-le!

BERNARD, soutenant Léonard et le faisant asseoir.

Dites-nous... Oh! Léonard, dans quel état vous êtes!

LÉONARD

Rien!... rien... Laissez-moi reprendre haleine! Tout est perdu, Bernard! vous vous êtes sauvé... (Regardant -Edmée.) Tant mieux pour vos amours ! tant pis pour votre conscience !

BE RNARD.

Non! j'ai eu pitié d'une femme, voilà tout; mais me voilà prêt... Je retournais là-bas... j'y cours!

LEONARD, d'une voix entrecoupé?.

Il est trop tard! Tout est fini ! Tous mes frères sont morts ou prisonniers, et la Roche-Mauprat est la proie des flammes. J'ai vu tomber à mes côtés Louis, Laurent et Antoine. Je soutenais le dernier assaut avec Gaucher, (n se lève.) Entourés, perdus, abandonnés... nous n'avons pas voulu nous rendre, nous avons sauté dans le fossé... Gaucher n'a pu le traverser... je l'ai vu disparaître! Raye et malheur! quelle nuit!... Je me suis frayé un chemin à travers les balles; aucune ne m'a fait tomber, je ne sentais plus rien ! On m'a traqué jusqu'à cinq cents pas d'ici... Là, j'ai trompé ces limiers maudits; mais ils ne tarderont pas... Tenez' ils viennent! Une arme, Bernard !. . une arme, vous autres! un épieu... un bâton!...

EDMÉE

Non!... écoutez!... Cette fanfare... ce sont les gens de mon père! on me cherche, (a Léonard.) On vous sauvera, monsieur! Bernard, restez ici!... Monsieur Aubert. venez! (a patience et k Marcasse.; Mes amis, ne souffrez pas qu'ils s'éloignent, je réponds de les protéger!...

M. AUBERT

Oui. Oui, Courons! (il sort avec Edmée.)

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