‹ Théâtre de George SandChapitre 96 sur 142 · MARCASSE, PATIENCE, BERNARD, LÉONARD · texte numérisé non relu

MARCASSE, PATIENCE, BERNARD, LÉONARD

LÉONARD

C'est inutile, je ne veux pas qu'on me sauve, je ne veux ni pitié ni pardon, moi! J'ai rompu avec ceux qui te réclament. Bernard! suis ta destinée! la nôtre est accomplie! Mon père

Tristan l'a dit sur son lit de mort : La légalité triomphe, la féodalité s'en va, mes fils finiront mal! Bernard! tu nous as quittés à l'heure suprême! c'est lâche, mais c'est juste. Telle est la loi du monde où tu rentres et qui te fera peut-être payer cher la protection que tu lui demandes!

Non, monsieur, il sera honnête homme, et s'il a plus de peine qu'un autre à se faire estimer, il aura aussi plus de mérite.

MA a CAS SE, à Léonard.

Oui ! parlez plus sagement.. . Et tenez, reprenez des forces, (u

lui présente la gourde que Léonard prend machinalement,) NOUS pâllSSeZ

beaucoup.

BERNA R D

Honnête homme... Lâche!... voilà donc mon lot à moi! Non, mieux vaut mourir. Venez, Léonard.

PATI ENCE

Non! vous n'irez pas!

LÉONARD, se relevant.

Il n'ira pas, je le lui défends! Adieu, Bernard, je te pardonne! (u lui tend u main.) On vient... J'ai laforce... Oui! (n

buit à la gourde.)

BERNARD

Je ne vous abandonnerai pas! Léonard... C'est impossible !

LÉONARD

Laisse-moi... tu me ferais prendre... A deux, on ne se sauve pas! (Rendant la gourde à Marcasse. ) Allons ! merci ! Vive le diable ! et en route! (n&it quelques pas et tombe.)

BEB XA B ').

Évanoui?

MARCASSE. le louchante* le regardant.

Non, mort !

M. ÂUBERT, M. DE LA MARCHE, BERNARD, LÉONARD mort; PATIENCE, MARCASSE.

M. DE LA MARCHE, en habit de chasse richement galonné.

Mort! qui donc? (Regardant le cadavre.) Quel est celui-ci?

PATIENCE

Monsieur le lieutenant général... c'est Léonard!

MARCASSE

Le dernier des sept frères Mauprat !

M. AUBERT

0 ciel! Le chevalier vient... avec Edmée... cachezleur...

MARCASSE, à Patience.

Oui, Oui. (ils emportent Léonard sous la voûte.)

M. DE LA MARCHE, à M. Aubert lui montrant Bernard, qui est resté atterré.

C'est là ce jeune homme ? il est fort compromis, mais le chevalier veut qu'on le sauve... On le sauvera... chut...

Les Mêmes, EDMEE, le chevalier HUBERT DE

Ma\UPRAT, vieillard droit et actif, cheveux blancs, riche costume de chasse. P I Q B E U R S portant des torches.

EDMEE, entrant la première, à M. Aubert, après avoir regardé Bernard.

Et l'autre?

MARCASSE, qui revient de la Toute avec Patience.

Hors de danger.

E D M E E , retournant à son père qui entre.

Venez... le voilà, mon père, (a Bernard.) Levez-vous donc!

(Bernard se lève machinalement.)

LE CHEVALIER, allant à lui et parlant à sa fille.

Il ressemble à son père, qui était un loyal gentilhomme !... Bernard! tu ne me connais pas? Mais tu m'aimeras, j'en réponds! J'ai voulu t'éiever, t'adopter... Tu l'ignores peutêtre? oui, je vois que tu ne sais rien... On s'est mis entre nous, mais tu m'es enfin rendu ! Ma fille me dit que tu l'as sauvée aujourd'hui en arrêtant son cheval qui remportait : c'est la Providence qui t'avait conduit là ! et je la remercie! viens m'embrasser, mon fils.

BERNARD, stupéfait, poussé dans les bras du chevalier par Edmée.

Votre fils?

LE CHEVALIER

Oui, certes, nous ne nous quitterons plus : viens avec nous! Tiens, donne le bras à ta cousine ..à ta sœur.

BERNARD, comme dans un r've.

Où allons-nous donc ?

Venez!... (a» sortent.)

UN [il PREMIER ACTI

IS

Page 1