ACTE lY
SILVA
Tous, Egmoiit le jiromier. 11 est le seul qui, depuis lou arrivée ici, n'ail rien cliaiigé à sa conduite. Toula la journée, «l'un cheval sur l'autre, tenant lab!e ouverte, gai et causant aux repas, jouant aux dés, tirant au blanc, et la nuit se glissant chez sa maîtresse. Les autres, au contraire, ont sensiblement modifié leur train de vie accoutumé. Ils se tiennent renfermés cluz eux, et à voir l'extéiieur de leurs maisons, on jurerait qu'il y a dedans un malade.
ALBE
Vite doue, avant qu'ils guérissent malgré nous.
SILVA
J'en léponds. D'après vos ordres, nous les accablons d'honneurs et d'olTres de service. Ils ont peur, et ils nous font par politique des reuienîments forcés. Ils senttnt bien que le plus sage serait de s'enfuir; mais nul ne hasarde le premiei- pas; ils hésitent, ne peuvent se concerter, et l'aiie isolément une démarclie aussi hardie, l'esprit de corps les en empêche. Ils voudraient écartei tout soupçon et se rendent de plus en plus suspects. — Je vois déjà avec joie votre plan réalisé.
ALBE
.Moi, je me réjouis de ce qui est fait; et encore pas aisément, car il reste toujours quelque sujet de réflexion et d'in quiétude. La fortune a des caprices : souvent elle couronne :lu plus beau succès d'ignobles entreprises, et les plans les mieux combinés, elle les déshonore par une ignoble issue. .Attends que les nobles soient arrivés; donne alors à Gomez l'ordre d'occuper les avenues, et cours loi-njème arrêter le secrétaire d'Kgmont et les autres suspects. Cela fait, reviens ici, et que mon fils m'en apporte la nouvelle au conseil.
SILVA
J'espère que ce soir je pourrai paraître devant vous en
toute assurance. (Albe s'approclie (le bon fils, qui jusque-là est resté
dans la galerie.) J'o.-e à peine me l'avouer, mais mon espoir est chancelant. Je crains que les choses ne tournent autrement qu'il n'imagine. Je vois devant moi des esprits muets et pensifs qui pèsent dans de noires balances la de^linée des prnces u. 12
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et des peuples. Le fléau vacille longtemps inceiiain, les juges oiit l'air (le rcflécliir piofoiiilémeut, puis vient un souffle capricieux du sort qui fait baisser un plateau, mouler l'autre, et l'affaire est décidée.
Il SOTU ALBE.
Coniinenl aslu trouvé la ville?
FEr.DINAND.
Tout s'est rendu. J'ai parcouru toutes les rues à cheval, conime si je me promeuais. Yos patrouilles, bien disposées, tiennent tout le monde dans une si grande frayeur, qu'à pciiie O'^e-t-ou respirer. Bruxelles ressemble à uue campagne, quand l'orage illumine l'horizon : on ue voit pas un oiseau, pas un animal dehors, que ceux qui cherchent un asile en tremblant.
ALRE.
N'as- tu rien rencontré encore?
FERDINAND
Pondant que j'clais sur la place du Marché, Egmont y a passi'' avec uue aute. Nous nous sommes sidués; il montait un beau cheval entier, dont je n'ai pu m'eni|)êcher de lui faire compliment. « Exerçons nos chevaux, m'a-t-il crié de loin, nous en aurons besoin sous peu! » Il a ajouté qu'il me verrait aujourdluii, devant venir, sur votre invitation, se concerter avec vous.
ÂLBE.
Il te reverra.
Ferdinand.
De tous les nobles que je connais ici, c'est lui que je préfère. Il me semble que nous deviendrons amis.