‹ Théatre de GoetheChapitre 101 sur 382 · ACIE IV · texte numérisé non relu

ACIE IV

ALBE

Je pardonne à ton jeune sang telte légèreté bienveillante, cette humeur étourdie; mais n'oublie pas quel est l'objet de ma mission, et quelle part je voudrais t'y donner.

FERDINAND

Rappelez- le-moi, et ne m'épargnez pas quand vous le jugerez nécessaire.

ALBE, aprè» un instant de silence.

Mon fils!

FERDINAND

Mon père.

ALBE

Les nobles viennent; Orange et Egmont viennent. Ce n'est pas une faible marque de confiance que de le révéler dès à présent ce qui doit arriver. Une fois ici ils n'en sortiront pas.

FECDINAND.

Quel projet médites-tu?

ALBE

Il est décidé qu'on les retiendra. — Tu t'étonnes! Écoute ce que tu as à faire; les motifs, tu les sauras après. Maintenant le temps manque pour te les expliquer, j'ai à te communiquer un secret de la plus haute importance. Un lien sacré nous unit l'un à l'autre ; tu m'es cher, je voudrais tout accumuler sur la tète; je voudrais non-seulement t'inculjuer l'habitude d'obéir, mais encore faire passer en toi, transplanter clicz toi le t lient de commander, d'exécuter : en un mot, je voudrais te laisser un riche héritage, au roi un serviteur utile. Ce que j'ai de plus précieux, je voudrais t'en doter, pour que tu puisses paraître sans rougir à côté de tes frères.

FERDINAND

Quelle dette de reconnaissance je te devrai pour cet amour concentré sur moi seul, tandis que tout un royatmie tremble devant loi.

ALBE

Maintenant, écoute ce qu'il y a à faire. Les nobles ne se-

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ronl pas plutôt ici que toutes les avenues du palais seront occupées ; Gomez en a reçu l'ordre. Silva ira de son côté arrêter le secrétiire d'Rgniontavec les plus suspects. Toi, veille à ce que la garde soit sévère à la porte et dans les cours. Avant /out, place dans ces chambres-ci des liomnies sûrs. Cela fait, reste dans la galerie et atlends-y le retour de Silva. Tu viendras alors me remettre un papier quelconrpie, insignifiant, pour marijuer que sa mission est remplie, et tu te posteras dans l'antichambre, jusqu'à ce qu'Orange sorte; suis-le. Je retiendrai Egmont, sous prétexte que j'ai quelque chose de particulier à lui dire. Au bout de la galerie, demande à Orange son épée,' appelle la garde, assure-toi de cet homme dangereu.x. Je me charge d'Egmont.

FERDI^•A^D.

J'obéis, mon père, pour la première fois à regret et avec douleur.

ALBE

Je le le pardonne; c'est le premier grand jour de ta vie.

Entre Silva.

«RVA,

Un exprès d'Anvers. Voici une lettre d'Orange ! il ne vient pas.

ALBE

Est-ce que le messager l'a dit?

SILVA

Non, c'est le cœur qui me l'a dit.

ALBE

Mon mauvais génie parle par la bouche. (\prês avoir in la

lettre, il leur fait un signe : tous deux se retirent dans la galerie du îonl

— 11 reste seul sur l'avant-scène.) 11 ne vient pas! il attend le der nier moment pour se déclarer. 11 ose ne pas venir ! Ainsi donc, cette fois, contre toute apparence, l'homme prudent a été assez prudent pour n'être pas prudent ! — L'heure s'arance '. encore quelques pas de l'aiguille, et un grand ouvrage 2st achevé ou perdu, perdu sans ressource; car, une fois faite, la chose sera irrévocable... et publiipie. J'ai longtemps pesé toutes ces choses dans mon esprit; j'ai prévu le cas où

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