ACTE V
et moi, misérable, je suis là pour t'en convaincre... et le pleurer !
EGMONT
Quelle vo'ix cliango, quelle consolation inespérée s'oflVe à moi sur le dieniin de la lombe? Toi, le fils de mon mortel, je dirai pres(iue de mon seul ennemi, tu me plains, tu n'es [as de mes assassins! Parle, pour qui dois-je te prendre?
FE!1DIÎJA!ND.
Père baibare, je te reconnais à cet ordre. Tu coiniais mon cœur, mes sentiments que tu me reproches souvent d'avoir hérités de ma jiauvre mère. C'est pour me rendre semblable à toi, que tu m'as envoyé ici. Cet honime au bord du tombeau, sous la main de la mort, d'une mort injuste, lu me forces à le visiter, pour briser mon cœur, pour que ia violence de celte émotion me rende sourd à toute autre, pour que je devienne insensible comme toi, quelque choie qu'il m'arrive !
EGM0>"T.
C'e.^t étrange! Reviens à toi, relève-toi un peu, parle comme un homme.
FEr;DIiN\KD.
Plût au ciel que je hiSie une femme, et. qu'on pût me dire : Qu'est-ce qui te louche? qu'est-ce qui t'rfllisie?... Di moi un malheur plus grand, plus aflrcux, rends^moi témoin d'une action j.lus infâme; je te remercierai, je dirai : Ce n'était rien.
EGMOMT.
Tu te perds. Où es-tu?
FERDINAND
Laisse un hbre cours à mon indignation, laisse-moi gémir à mon gré! je ne veux pas avoir lair calme (piand tout au dedans de moi se brise et se déchaîne ! — Faut-il que je te voie ici;... toi!.,, c'est horrible !.. . Tu ne me comprends pas ! et dois tu me comprendre? Egmont! Egmont !
11 se jette à son coo.
EGMONT
Explique-moi ce mystère.
161 EGMOMT.
FERDINAND
Que! mystère?
EGMONT
Comment se peut-il faire que le sort d'un étranger t'émeuve si profondément?
FERDINAND
Étranger ! tu ne m'es pas étranger. Ton nom, comme une étoile, éclaira mes premiers pas dans la vie. Que de fois je me suis fais raconter ton histoire! L'espoir de l'enfanl, c'est l'adolescent ; celui de l'adolescent, c'est l'honinie : eh hien ! tu marchais ainsi devant moi, toujours devant; et sans jilousie je te voyais devant moi, et je courais après loi, et toujours et toujours. J'eus enfin l'espérance de te voir, je te vis, mon cœur vola au-devant de toi. Je m'étais déjà voué à toi :' en te voyant, je t'avais choisi de nouveau. Je me disais : je vais être avec lui, vivre avec lui, lui serrer la main, le... tout s'est évanoui, et je te retrouve ici!...
EGMOM.
Mon ami, si cela peut te faire quelque bien, reçois ici l'assurance que dès l'abord mon cœur fut à toi. Mais écoute-moi, parlons tranquillement : dis-moi, est-ce bien l'intention de ton père de me mettre à mort?
FERDINAND
Oui.
EGMONT
Ce jugement ne serait pas un simple épouvantai! pour me tourmenter, pour me punir enm'etfrayant, pour m'humilier et dont la clémence royale me relèverait?
FERDINAND
Hélas ! non. Je me flattais d'abord de celte vaine espérance, et déjà je m'affligeais de te voir réduit à un tel état d'humiliation; mais il n'est que trop vrai! il n'est que trop sûr!... Non, je ne suis plus maître de raoi. Qui me donnera un conseil? qui m'aidera à échapper à l'inévitable?
EGMOiNT.
Eh bien! écoute. Puisiiie tu souhaites avec tant d'ardeur