ACTE V. !C
de me sauver, puisque tu ablioires le pouvoii- qui ma mis dans les feis, sauve-moi. Les momcnls sont [jr'.'cicux. Tu es le fils de celui qui peut tout! tu peux beaucoup toi-niime. Fuyons! je connais les chemins; les moyens ne peuvrni pas l'étie inconnus. Ces murs seulement et quelque- millo me séparent de mes ann's. Biise mes chaînes, guide-moi vers eux, et sois à nous. Sûrement le roi te saura gré un jour de ma délivrance. Maintenant il est surpris, et peui-èlre il ignore tout. Ton père prend sur lui d'agir, et Sa Majesté est obligée d'accepter ce qui est accompli, quelque horreur qu'elle en éprouve. Tu cherches? Oh ! cherche le chemin de la liberté! Parle, et nourris l'espérance dans une âme vivace.
FERDINAND
Silence! oh! silence! chacun de tes mots augmente mon désespoir. Il n'y a aucune issue, aucun moyen, aucune fuite. C'est pour moi une idée horrible! j'ai moi-même tendu le filet, j'en connais les nœuds indissolubles; je sais comment on a fermé la route à toute audace et à toute ruse ; je me sens, moi et tous les autres, garrotté comme toi. Passerais-je le temps à gémir si je n'avais tout essayé? Je me suis jeté à ses pieds, j'ai parlé, prié, conjuré. Pour toute réponse, il m'a envoyé ici perdre (ont ce qui peut rester en moi d'amour pour la vie, de joie. . .
EGMOM.
Et aucun moyen de s'échapper?
FERDINAND
Aucun.
EGMONT, frappant du piei.
Aucun moyen de s'échapper!... — Douce vie, aimabl» habilnde d'être et d'agir! je dois donc le quitter, et te quitter de sang-froid ! Ce n'est pas dans le tumulte du combat, ce n'est pas au bruit des armes, dans l'ivresse de la mêlée, que tu me dis un brusque adieu ! tu ne prends pas un congé rapide, tu n'abrèges pas le temps de la séparation. Il me laut prendre ta main, la serrer dans la mienne, ramener encore une fois mes yeu\ sur les tiens, admirer ta beauté, sentir vivement
iiC EGMONT
tout ton [irix; puis faire un suprême eflort, m'arracher de toi, et te dire : Ya-l'eu !
FERDINAND
Et moi, il faut que je reste auprès de toi, et que je te regarde mourir, sans pouvoir l'empêcher ! Oh ! quelle voix suffirait à cette plainte? quel cœur ne succomberait sous cette douleur?
Du courage !
FERDINAND
Du courage! tu peux eu avoir, toi ; tu peux te résigner et marohef héroïquement an-devant de la mort, guiilé par la fatalité. Mais moi, que dois-je, que pnis-je faire? Tu triomphes de toi-même et de nous"; lu te survis dans ta gloire, et moi, je te survis misérablement, je me survis à moi-même. J'ai perdu ma lumière dans le festin, mon drapeau dans le combat; l'avenir est sombre et triste pour moi.
EGMOTST.
Jeune ami, que, par un sort étrange, je gagne et perds au même instant, toi qui ressens pour moi les angoisses de la mort, qui soulTres pour moi. non, tu ne me perds pas. Si ma vie fut un miroir où tu aimais à te contempler, que ma mort le soit aussi. Les liommes ne vivent pas ensemble uniquement lorsi|u'ils sont rapprochés : l'absent peut vivre aussi avec nous. Je vis avec toi... avec moi j'ai assez vécu. — Chacun de mes joiu's a été marqué par quelque plaisir; j'ai fait eliaquo jour, sans hésiter, ce que ma conscieiue m'a dit être mou devoir. Aujourd'hui finit ma vie, comme elle aurait pu linii- plus tôt, bien plus tôt! aux sables de Gravelines, Je cesse de vivre; mais j'ai vécu. Vis de même, mon ami ; jouis de la vie, et ne crains point la mort.
FERDINAND
Tu aurais dû te conservei' pour nous, tu l'aurais pu, tu t'es tué loi-même J'ai entendu plus d'une fois des hommes sages s'entretenir de loi. Sur ton mérite, les avis étaient partagés; mais tous, amis et ennemis, se réunissaient à blâmer ta couJuite : « Oui, disaient-ils, il s'est engagé dans une
acil: V. 1-.7
route pl■l■il!ell^e. » Que de fois n'ai-je pas souliailé de pouvoir Ven avei iir! M'av.iis-tu point d'aaiis?
EUMOiNT.
Je h\< averti.
FERDINAND
Et toutes ces charges, comme je les retrouvai mot p^ui' mot dans laccusatiou! et tes répousis! assez bonnes pour le justifier, pas assez pour te faire rendre justice.
EGMONT
Ne parlons plus de cela. L'iiomme croit mener sa vie. se diriger lui-même; mais une force irrésistible l'entraîne à sa destinée. Pensons à tout cela le moins que nous pourrons. Quant à moi, je me soustrais faeilenient à ces idées.., plus difi'icilement à mes inquiétudes pour ma malheureuse patrie! — il n'importe; d'autres y pourvoiront, h mon sang est versé pour tous, s'il procure à mon peuple k paix et la liberté, je le verse avec plaisir... Hélas! il n'eu ^era point ainsi... Mais il ne convient pas à l'homme qui va mourir de s'inquiéter de ce qui se fera sans lui. — Toi, si tu peux modérer, guider le zèle exterminateur de ton père, n'y manque pas... Qui le pouri'ait?... x\dieu.
FERDINAND
Je ne puis te quitter !
EGMONT
Je te leconmiande mes gens. J'ai de braves ga' çons à mon service : qu'ils ne soient pas dispersés, malti'aités ! — Qu'est deveim Richard, monsecrét;urc'.''
FtRDINAiXD.
Il t'a précédé, ils l'ont décapité, comme complice du crime de haute trahison
EGMONT
Pauvre âme ! — Encore un mot, et puis adieu, car je n'en puis plus! Quelque occupé que soit l'esprit, la u^tiue est là qui réciamf> impérieusement ses droits : de mêruf qu'un enfant soniii eille dans les replis du serpent, ainsi llioumie fatigué s'étend sur le seuil de la riiort, et y repo-e profondément, comme s'il avait erreoie nv long chemin à faire. — Un seul
les EGMONT.
mol donc. Je connais une jeune fille ! tu ne la mépriseras pas. |i;irce qu'elle s'ûtait donnée à moi. En te li lecommandant, je meurs tranquille : tu es un homme d'honneur, et nue irniine qui trouve un tel homme n'a rien à craindre. — Mon vieil Adolphe vit-il? esl-il libre?
FERDINAND
Ce bon vieillard qui vous accompagnait toujours à cheval?
EGMOKT.
Lui-uicine.
Il vit, il est libre.
FERDINAHO.
EGMONT
Il ait sa demeure : fais-toi conduire par lui, et récompeu ■ le ju^qi'à la fin de ses jours de l'avoir guidé vers ce tics(. . —Adieu.
FERDINAND
Noii, je ne sortirai pas.
EGMONT, le poussant vers la porU.
Adieu.
FERDINAND
Oh! laisse-moi! encore un mot!
Aini , point d'adieux !
Il accom[)at;n»> Ferdinand jusqu'à la porte, et s'arrache de ses bnt. pi rdinand, éperdu, s'éloigne précipitamment.
KGMOiNT, seul.
B irhar. ! tu ne croyais pas me làire tant de bien en m envoy. lit Ion lils. Par lui, je suis délivré des inquiéiMiJ.-s, du chagrin, fie la crainte, de tous sentimenis |iéuible> — Je sens la nature qui demande son dernier tribut. — i! ■ i lini, la sentence est portée! la nuit (iernièie, riuceriitiule me tenait éveibé; eelte nuit, la certitude va iu'eud.)ruiir. , .-icd sur le lit. Mu>jq>ie.) Doux souimeil, tu t'empare> ^le nnn- insi qu'un boidipui- pur, inattendu, qu'on n'a point luv .Mi'é. Tu déniiii'S ! - jHnsées douloureuses, tu coutouils toui' - les ima{ie> de la liistesse et de lu joie, le cercle des haïuiouies