‹ Théatre de GoetheChapitre 125 sur 382 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les précéoentes, ALPHONSE.

ALPHONSE

Je cherche partout le Tasse et ne le trouve nulle part ; — pas même auprès de vous. Ne pouvez-vous point me donner de ses nouvelles?

L\ PRINCESSE

Je l'ai peu vu hier, et pas du tout aujourd'hui.

ALPUONSE.

Rechercher la solitude plus que la société, c'est son ancien défaut. Je le lui pardonne lors<ju'il se dérobe à l'essaim bigarré des hommes, pour s'entretenir avec son génie, en si-

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leiice etenliberlé; mais je ne puis pas appioiivii qu'il évite

même le cercle formé par ses ;imis.

LÉO.Xi'r.E.

Si je ne me trompe, ô prince! tu changeras bientôt, le blâme en éloge. Je l'ai anjoird'liui aperçu de loin ; il tenait un livre et des tablettes, il écrivait, il miin hait, et écrivait encore. Un mot qu'il me dit hier en pas>ant me semble annoncer la fin de son ouvrage. Sans doute il s'oicupe à en coiiiger quelques traits pour offrir enfin ini digne hommage à la bienveillance royale qui Ini a tant accordé.

ALPnOKSE.

Qu'il me l'apporte enfin, et il sera le bienvenu; de longteiiips même je consens à ne lui plus rien demander. Plus je prends de part à ses travaux, plus ce grand œuvre me cause cime doit canser de plaisir, et plus aussi s'accroît mon impalience. Il ne peut achever, il ne peut finir; il change perpéluellLment, il avance lentement, il s'arrête, et recule toujours mon espérance. — On voit avec peine s'éloigner une jouissauce que Ton croyait si prochaine.

LA. PniNCESSB.

Pour moi, je loue la précaution qu'il met à marcher pas à pas vers le but. Ce n'est que par une faveur marquée des nmses qu'on parvient à fondre tant de vers en un seul tout, et son génie ne tend qu'à perfectionner, à arrondir l'ensemble de son vasie poème. 11 ne veut point entasser les uns sur les autres des contes qui charment d'aboid, et dont les mots sonores, mais vides, ne font que vous tromper. Laisse-le, mon frère! le temps n'e^t pas la m^sme d'un bon ouvrage, et lorsque les siècles futurs sont appelés à partager les plaisir- qu'il procure, il faut q^ue l'âge contemporain de l'artiste saclie s'oublier lui-même.

ALPHONSE

Eh bien donc, chère sœur, agissons de concert, comm6 nous l'avons f lit souvent pour l'avantage de tons deux. Quand mon impatience m'entraniera trop loin, modère-la. Par contre, si tu es trop modérée, je t'e.xciterai, moi, j'exciterai ta lente réserve à mon tour. Peut-être alors le veirons-nons -itteindre

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