ACTE I
au lerme où nous avons si loiiglenips souliailé qu'il p.u'vîut. Alors aussi la pairie, l'univers, s'éioiiutront on appiennnt quelle œuvre aura été accomplie. Je prendiai nui p:;it de celte liloire, et le Tasse enliii entrera d.uis la vie. Un noble esprit ne peut trouver dans uu cercle étroit le dévrIoppernei:t de son être. Il faut que la pairie, il faut que l'univers .ij^ivs sur son génie; il faut qu'il siu>truise à supporter le bl.mie et la louange, qu'il soit contraint d apprendre à apprécier et leautres et lui-même. La solitude ne le I erce plus alors de ses flatteuses illusions; ini ennemi ne veut pas, un ami n'ose pas le ménager. C'est ainsi que le jeune homme exerce srs forces en luttant; il sent ce qu'il est, et bientôt il se sent homme.
LÉONOBE.
Il faudra d^nc, seigneur, que tu fasses tout encore pour le Tasse, comme tu as tout fait pour lui jusqu'à ce jour. Le talent se furme dans le silence; le caractère se façonne au courant du monde; et puisse-t-il disposer son âme comme son génie à les heureuses leçons; qu'il cesse d'éviter les hommes! que sa défiance ne se change pas en haine et en pusillanimité!
ALPHONSE
Celui-là seul craint les hommes qui ne les connaît pas, et celui qui les fuit les méconnaîtra bientôt tout à fait. Telle est la condition du Tasse, et c'est ainsi qu'un esprit indé|)en{lant perd peu à peu sa justesse et sa liberté. Par exemple, le Tasse s'inquiète plus de ma faveur qu'il ne le devrait. Il nourrit de la défiance contre bien des gens qui, j'en suis sur, ne sont pas ses ennemis. S'il arrive qu'une lettre s'égare, qu'un valet passe de son service à celui d'un autre, qu'un papier >orte de ses mains, aussilôt il voit un projet arrêté, une lrahi>on, des intrigues, tout tou>pire contre son sort.
LA PRIKCESSE.
N'ouhhoiis [)as, cher frère, q\ie l'honmie ne peut se séparer de Ini-inènie; et si un ami, eu chemiuani avec nous, se blessait au pi' d. ne ralentirions nous pas volontiers notre marche, ne lu pi èlerious-nous pas avec- euipressemoul le secours de notre bras?
ALPHONSE
Mieux vaudrait chercher à le guérir, et tenter au plus vile la cure ordonnée par les sages conseils du médecin ; puis, la guéiisou faite, reprendre gaiement avec lui les sentiers nouveaux d'une vie nouvelle. J'espère, au surplus, chères amies, ne mériter jamais le reproche d'avoir agi en médecm Irop rigoureux. Je fais tout ce que je puis pour inspirer au cœur du Tasse confiance et s-écurité; je lui iloinie souvent, en présence de nombreux témoins, des marques décisives de ma Ijienveillance. Vient-il se plaindre à moi, je fais examiner ses j:rie:s, comme dernièrement, lorsqu'il s'iTna;;ina qu'on avait forcé sa demeure. Si rien ne se découvre, je lui expose de saig-froid l.i chose comme je la vois, et, puisqu'il l\\ut s'exercer à font en ce monde, je m'exerce à la [)aiicnce avec le Tasse, qui la mérite. Je sais qu'en cela vous me secondez avec plaisir. Je vous ai amenées à la campagne, mais je r toiu'ue ce soir à la ville. Dans un instant vous allez voir Antonio; il arrive de Rome et viendra me chercher ici. Nous avons beaucoup à dire, beaucoup à faire : des résolutions à jsrendre, nombre de lettres à écrire, et tout me force de rel,)nrnor à Ferrare.
LA PRINCESSE
Nous permettras-tu de t*y suivre?
ALPHONSE
Restez à Behiguardo ; allez tontes deux à Consandoli. Jouissez en toute liberté des premiers beaux jours.
LA PRINCESSE
Ne peux-tu rester près de nous? Les affaires ne peuventelles aussi bien s'expédier ici qu'à la ville.'
Quoi ! déjà nous enlever Antonio, lorsqu'il aurait tant de choses à nous raconter de Rome!
ALPHONSE
Cela ne se peut, enfants que vous êtes! mais je reviendrai gvL'c lui dès que cela sera possible. Alors il vous racontera ce ijiril a vu, et vous m'aitlcrcz à votre loin à récompenser un hi.'inme ipii vient de se donner tant de [cjne pour mon ser-