‹ Théatre de GoetheChapitre 128 sur 382 · SCÈNE III Les précédents, LE TASSE · texte numérisé non relu

SCÈNE III Les précédents, LE TASSE

LE TASSE il tient un livre relié en paicliemin.

Je viens lentement t'apporter un ouvrage que j'hésite encore à t'olf'ir. Je sais trop bien qu'il est imparfait, quoiqu'il puisse semliler achevé; mais si j'étais retenu par la crainte de te le présenter dans cet état, une autre crainte l'emporterait, celle de paraître trop inquiet, celle surtout de paraître ingrat. De même qu'un hnmnre ne peut, pour satisfaire ses amis et obtenir leur indul^^ence, que leur dire : Me voici, je ne puis de même que te dire : Prends ce livre.

Il lui donnele livre.

ALPHONSE

Ton présent me vîint une surprise bien douce, et ce b?au jour devient une vraie fête |)Our moi. Je le liens doc cufin, et puis en quelque -^orte dire qu'il est à moi. J'ai déjà bien a. 16

lie^ fois souhaité que lu pusMîs le décider à nie dire : I.e voilà <

c'a L assez.

LE TASSE

Si VOUS êtes snlisfait, mon poëme est parniit; il vous apparlieiiî à lous lis litres, {jiiaiid je toiisidrr.iis le travail (|u il lii'a coulé, quand je ne voyais que les tiaiis n ao s par ma j)luiue, je pouvais m'écrier : Cet ouvrage ovt le mien! Mais quand j'y ngarde de plus près, quand j obscive ce iui lui lionne sa valeur propie et son mérite, je re( onnais bien que j j le liens de vous seul. Si la nature bienveillanie me lit dans ï:» largesse le don gracieux de la poésie, l.i caiiiicieiise lorlnne enqj oya à me repousser sa puissance cruelle; (piand la lieautc (in monde, étalai lises trésors dans toute leur [)lénitnde, attirait les re;!ards de l'enfanl, l'injuste détresse d'une iamdle chérie vjul Ilétrir mon jeune cœur. Mes lèvres s'ouvraient-elles pour chanter, il n'en sortait que de tristes mélodii s, j'accompaijnais (le mes faibles accents les douleurs de uion père et les angoisses de ma mère. Toi seul, ô mon prince, lu me tiras de cette existence étroite pour me donner une douce liberté; c'esl toi qui déchargeas ma tête de tous soucis, toi qui me rendis lindépendance pour que mon âme put s'épli)yer en chants impétueux. Oui, si mon ouvrage a quelque prix, je NOUS en rends grâces, car c'est à vous que je le dois.

ALPHONSE

Pour la seconde fois tu mérites toutes nos louanges; ta modestie t'honore en nous i endant hommage.

LE TASSE

Oh ! si je pouvais exprimer combien je sens vivement ne tenir que de vous ce que je vous offre! E>t-ce de lui-même que le jeune homme désœuvré a tiré son poëine? Cette sage conduite de la guerre fougueuse, l'a-t-il devinée? La science des armes, que cliaque héros montre avec tant de vigueur au jour marqué pour le combat, la prudence du chef et le couraye des chevaiieis, la lutte entre la ruse et la vigilance, n'est-ce pas ioi, prudent et valeureux prince, (|ui m as tout inspiré, comme si tu étais mon génie, et que tu misses la joie

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