‹ Théatre de GoetheChapitre 152 sur 382 · ACTE lil · texte numérisé non relu

ACTE lil

d'ui) joyeux cm|iressement mes sens à peine éveillés, et mon premier regard le cherche vainement dans nos jardins, sous l'ombrage des bois humides de la rosée du n;atin. Comme mes vœux étaient satisl'aits, lorsque je passais avec lui les paisibles soirées des beaux jours! Comme s'accroissait, dans ces aimables entrevues, le désir de se mieux connaître, de fe mieux comprendre! Chaque fois nos cœurs s'accordaiout davantage pour arriver à une harmonie toujours plus pure. Maintenant, quelles ténèbres tombent autour de moi ! Léclat du soleil, le sentiment vivifiant dont le jour nous pénètie à son midi, le riche et brillant aspect de la nature et île ses milles merveilles, tout disparaît dans le vide, tout se perd dans le nuage qui m'environne ! Jadis chaque journée était pour moi une vie tout entière : les soucis se taisaient, les tristes pressentiments mêmes étaient réduits au silence et, passagers heureux, le fleuve du monde nous poilait sur ses Dois légers, sans le secours des rames. En présence d'un sombre avenir, mon âme est aujourd'hui la proie d'une secrète terreur.

LÉOKORE.

L'avenir! il te rendra tes amis, il t'apportera de nouvelles joies et un bonheur nouveau.

LA. PRINCESSE

Je ne demanderais qu'à conserver ce que je possède : le changement peut plaire parfois ; mais il est bien rarement profitable. Quant à moi, l'impatience du jeune âge n'a jamais plongé ma main curieuse dans l'urne où s'agite la loterie des choses inconnues, et mon cœur, sans expérience, ne chercha point à y saisir l'objet désiré. Le Tasse força mon estime, c'est à cause de cela que je l'aimai : je dus l'aimer, parce qu'il fit de mon existence une vie que j'avais ignorée jusqu'alors. D'aboi d je me disais : Eloigne-toi de lui! mais je cédais, je cédais peu à peu, et je m'en rapprochais davantage. Il m'attirait si doucement! Et je vois s'évanouir une félicité si pure, un bien si vrai m'échappe! un mauvais génie soustrait à mes désira ^e bonheur, qu'il remplace par une longue suite de douleurs.

LÉO>iORE.

Si la voix d'une amie ne peut le consoler, raction muelle et bienfaisante du monde et du temps soulageront peu à peu tes ennuis.

LA PRINCESSE

Oui, le monde est beau! tant de biens s'agitent çà et là ,ur sa \aste étendue! Ab! pourquoi semblent-ils toujours se s'éloigner de nous que d'un pas? Pourqnoi, par cette perfide manœuvre, attirent-ils insensiblement nos vœux inquiets î travers la vie et jusqu'au tombeau même? Il est si rare que les hommes trouvent ce qui paraissait leur être destiné, si rare seulement qu'ils retiennent ce que leur main plus heureuse a pu toucher une fois! Ce qui d'abord s'était livré à nous nous abandonne, et nous abandoimons ce que nous iivions saisi avec ardeur. Un bonheur nous arrive, mais nous l'ignorons, ou nous le connaissions et nous ne savions pas l'apprécier.

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