‹ Théatre de GoetheChapitre 155 sur 382 · SCÈNE IV LÉONORE, AWTONIO · texte numérisé non relu

SCÈNE IV LÉONORE, AWTONIO

LÉOiNORE.

Ainsi tu nous apportes la guerre au lieu de la paix ! % croirait que lu arrives d'un camp, d'une bataille, oij la for«^ commande, où le bras décide, et non pas de liome, où la sn« crée sagesse lève, en bénissant, les mains, et voit à ses pieds un monde qui lui obéit sans efforts.

■ S26 TORQUATO TÂSSO.

ANTONIO

11 faut bien, belle amie, soulTrii' ton blâme; et pourtant je n'irai pas chercher mon excnse bien loin. C'est une tâche périlleuse que d'avoir trop longtemps à se monirer sage et maître de soi. Notre mauvais génie s'altache à notre suite; il nous guette, et de temps eu temps réclame une victime. Celte lois, hélas! c'est aux dépens de mes amis.

LÉONORE

Il t'a fallu si longtemps l'aire effort auprès d'hommes nés en d'autres climats, il t'a fallu régler ta manièi^e sur la leiir; et maintenant que tu revois tes amis, tu ne les reconnais plus, tu leur cheixhes querelle comme à des étrangers!

ANTONIO

Là est recueil, chère Léonore! Avec des étrangers, on prend garde, on s'observe, et, pour se les rendre utiles, on poursuit son but jusque dans leurs bonnes grâces; mais, près de ses amis, on se laisse aller en toute liberté, on se fie à leur tendresse, on se permet l'humeur, la passion agit sans entraves; et c'est ainsi que nous blessons plus souvent que d'autres ceux que nous chérissons le mieux.

LÉONORE

Dans ce froid retour sur toi-même, j'aime à te retrouver tout entier, cher ami.

ANTONIO

Oui, je m'afflige, et je l'avoue sans peine, d'avoir tant dépassé la mesure. Mais conviens-en à ton tour, lorsqu'un homme dévoué arrive le front baigné de la sueur d'un rude travail, que pour mieux s'apprêter à de nouvelles fatigues il compte se reposer vers le soir sous l'ombrage après lequel il soupire, et qu'il voit son asile occupé tout à l'aise par un rival oisif, ne doit-il pas sentir dans son âme un mouvement bien pardûniiable à la nature humaine?

LÉONORE

S'il est vraiment homme, il cédera avec joie une part de ce frais ombrage à celui dont l'entrelien, dont les accords gracieux lui rendront le repos plus doux et le travail plus facile. L'arbre est assez grand, mou ami, pour donner une ombre

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