‹ Théatre de GoetheChapitre 159 sur 382 · SCÈNE I LE TASSE, seul · texte numérisé non relu

SCÈNE I LE TASSE, seul

Sors-tu d'un songe, et la plus douce illusion t*a-t-eîle abandonné tout à coup? ou bien, afirès un jour de félicité suprême, un affreux sommeil s'est-il saisi de toi, qui tourmente ton âme et la retient eiicoie captive en de lourdes chaînes? Oui, tu veilles et tu rêves à la fois. Où sont les heures qui se jouaient sur ta tête en la couvrant de guirlandes de fleurs? les jours où ton esprit, libre dans ses désirs, péiiéirait au delà de l'imniense azur des cieux? Et cependant lu vis encore; tu te sens; tu te sens et tu ne sais si tu vis. Est-ce pour expier m.a

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faute ou celle d'un autre que je suis enfermé comme un cri- "nniel? et suis-je ciiminel parce que je suis puni? Ah ! plulôl tout mon crime n'est-il pas mon mérite? Je le regardais, el je me pressais vers lui, entraîné par l'élan d'une présomptueuse espérance : je le regardais, et sous des formes humaines ne devais-je pas supposer un homme? Les bras ouverts, je m'élançais vers lui; je trouvai des serrures et des verroux, ei pas de cœur. Oh ! que ne m'étais-je prémuni d'av.mce contre un homme qui m'était depuis bien longtemps suspect! Mais, quoi qu'il te soit arrivé, attache-loi fortement à celle bienheureuse certitude : Je l'ai vue ! elle était devant moi, elle m'a parlé, je l'ai comprise! Son regard, sa voix, le sens divin de ses paroles, tout cela est à moi pour l'éternité! le temps, le sort, la fortune jalouse, rien ne peut me le ravir. Et quand il serait vrai que mon came se fût trop facilement emportée, que j'eusse laissé s'allumer dans mon seiu la flamme trop prompte du courroux qui maintenant me dévore moi-même et me perd, je ne pourrais m'en repentir, dût le destin de ma vie en dépendre à jamais ! Ne m'étais-je pas voué à ses ordres, cl ne dois-je pas me féliciter d'avoir suivi avec tant de joie le signe qui m'a poussé dans l'abîme? Soit ! je me suis du moins montré digne de la précieuse confiance qui me console; oui ! qui me console à cette heure même, où pour moi s'ouvre avec violence l'antre du deuil voilé de crêpe. — C'en est fait maintenant! le soleil de la faveur souveraine disparaît tout à coup. Le prince me prive de ses gr'hcieux regards, et me laisse ici m'égarer dans un sentier étroit et sombre; l'essaim hideux, obscur et Hital cortège des nuits, se précipite et frémit en tris lugubres autour de ma tête. Où donc, où porterai-je mes pas, pour échapper aux dégoûts qui m'entourent, pour éviter le gouffre ouvert à mes pieds?

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