‹ Théatre de GoetheChapitre 173 sur 382 · SCÈNE III LE TASSE, seul · texte numérisé non relu

SCÈNE III LE TASSE, seul

Courage ! mon cœur ! Tu t'es bien conduit ? 11 t'en coûte, car c'est la première fois, de voulnii' feindre et do le pouvoir

im TORQUATO TASSO.

si bien. Tu l'as bien enleiidn, ce n'était pas son cœur, ce n'était pas sa bouche qui parlait. 11 me semblait n'entendre que la voix d' Antonio. Oh! prends garde! c'est ainsi désormais qu'elle résonnera de tous côtés à tes oreilles. Courage ! courage encore pour le moment ! Celui qui, dans la vie, s'instruit tard à dissimuler, conserve quelque temps les dehors de la franchise. Cela passera bientôt; exerce-toi du moins avec tes maîtres. (Après une pause.) Tu triomphes trop vite! Elle vient! la princesse, ton ami s'approche! Oh! quelle sensation! La voici! Dépit, soupçons, tout dans mon sein devient douleur.

LA PRINCESSE, LE TASSE ; les autres personnages paraissent i la fin

de la scène.

LA. PRINCESSE

Tu veux nous quitter, ou plutôt rester quelques jours encore à Belriguardo, et l'éloigner ensuite, ô Tasse! J'espère que cela ne sera point pour longtemps. Tu vas à Rome?

LE TASSE

C'est là que se porteront d'abord mes pas, et si, comme j'ose m'y attendre, mes amis m'accueillent avec bonté, je m'y arrêterai peut-être pour mettre patiemment la dernière main à mon poënie. J'y trouverai réunis des honmies qui pourraient à juste titre se nommer maîtres en tout genre! Chaque place, dans cette capitale du monde, chaque pierre ne nous parlentelles pas? Là, quelques milliers de muets instituteurs nous l'ont signe et nous appellent, tout pleins d'une majesté à la lois grave et bienveillante ! Si ce n'est pas à Rome que j'achève mon poëme, je ne l'achèverai jamais. Hélas! je sens déjà que le succès m'est refusé pour toute entreprise! Je le ciiangerai, ce poëme, mais l'achever, non! Je le sens bien aussi, cet art dont profitent les autres, et qui donne ;inx esprits sains la force et le repos il me perdra, il me chassera tou-

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