ACTE V. ToJ
jours devant lui! Ilùlons-nous de partir! biculùl j'Irai à No pies.
LA PRINCESSE
Imprudent! L'arrêt qui t'a proscrit en même temps que ton père n'est pas encore levé.
LE TASSE
Tu dis vrai, mais j'y ai déjà songé. — Ecoule! je passe à la faveur d'un déguisement, couvert de la robe indigente du pèlerin ou de l'habit du berger; je me glisse à travers la ville; le concours des citoyens cache aisément la trace d'un seul liuirime ; je cours au rivage, j'arrive, et j'y trouve une barque montée par de bons paysans qui venaient au marché, et qui regagnent leur demeure. Des gens de Sorreute, car c'est à Sorrente que doit tendre ma course ; c'est là qu'est retirée ma sœur, ma sœur qui iul avec moi la joie de> tristes auteurs de nos jours. Durant le trajet, je garde le silence; j'aborde, toujours en silence; je monte lentement le sentier qui conduit aux portes de la ville, et je demande : Oii demeure Cornélia? Dites-le-moi, je vous prie; Cornélia Sersale? Aussitôt une fdeuse me montre avec complaisancp la rue, la maison ; je monte encore : les enfants courent à mes côtés, et regardent, tout surpris, l'étranger à l'air sombre, et sa chevelure en désordre. C'est îiinsi que j'arrive au seuil ; la porte est ouverte, j'entre...
LA PRINCESSE
Lève les yeux, ô Tasse! reconnais, si lu peux, le danger oii tu vas te jeter! Si je ne voulais ménager une âme malade, je te dirais : Est-il généreux de parler ainsi? est-il généreux de ne penser qu'à toi, comme si tu ne déchirais pas le cœur -Je tes amis? Ignores-tu donc ce que pense mon frère? combien ma sœur et moi nous savons t'apprécier? et ne l'as-tu pas recoimu? Eh quoi ! tout est-il changé en si peu d'instants? 0 Tasse! si lu veux nous quitter, ne nous lai>sepas du moins
après toi l'inquiétude et la douleur. (l.e Tasse détourne la tète.)
Qu'il serait doux d'offrir à l'ami qui s'éloigne un faible présent, ne lùt-ce qu'un manteau neuf, une arme! Mais que peut-on te donner, à toi qui rejettes avec dédain ce ([ue tu
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possèdes? La coquille du pèlerin, sa robe brune et son bouir don, voilà ce que tu t'es choisi! Tu pars avec la pauvreté (jue tu te lais à plaisir, et lu nous enlèves des jouissances que lu ne pouvais goûter toi-même qu'avec nous.
LE TASSE
11 n'est donc pas vrai que tu veuilles me chasser? 0 dciice parole! précieuse consolation ! défends-moi, prends-moi sons ta garde! Laisse-moi à Belriguardo, Iransporte-moi à ('misaudoli, partout oii tu voudras ! Le prince a tant de chàieaux superbes, tant de jardins qu'on soigne à grands frais durant toute l'aïuiée, et oii vous paraissez à peine un jour, peut-èlre même une beiu'e! Oui, choisissez le plus éloiyué de tous, celui que vous ne visitez jamais, qu'on laisse peut-être racme sans culture; envoyez-moi là! Que je sois à vous! Comme je soignerai tes arbres! Je veux, dans l'autorane, couvrir les citronniers d'un impénétrable abri, et les préserver des dangers de l'hiver en les entourant d'un chaume épais. De plus belles fleurs pousseront dans les parterres leurs racines nombreuses; chaque sentier, chaque recoin sera propre et at* trayant. Abandonne-moi .aussi l'entretien du palais : j'ou- Yrirai de temps en temps les fenêtres, pour que l'humidité n'endommage pas les peintures; je chasserai l;i poussière qui se sera déposée sur le stuc des murailles; les plafonds brilleront de blancheur et de pureté! pas une pierre qui se détache, pas un brin d'herbe qui pousse dans les fentes!
LA Pl;llNCESSE.
Mon âme me refuse tout conseil, je n'y trouve rien de consolant pour toi et... pour nous. Mes yeux cherchent de tous côtés si un dieu ne viendrait pas à notrj aide, s'il ne pourrait m'iudiquer quelque plante salutaire, un breuvage qui rendît le calme à tes'seus, à nous-mêmes. Les paioles les plus vraies qui puissent sortir d'un bouc he sincère, le remède le plus doux, n'ont plus de pouvoir. Il faut que je te quitte, et mon cœur ne peut t'abaudoiiner.
LE TASSE
0 dieux! est-ce biiui elle (lui te parle, et qui prend pitié de loi? El lu as pu méconnaître ce noble cœur ! Gomment en