ACTE V. '25'J
sa piL'-eiiL'e le découragemcii! ;i-t-il pu saisir et abattre ton âîuo? C'est bien loi! Et cestbien moi, aussi! Contiiuie, laisse-moi enieniire de (a bouche tout ce que peut dicter la compassion ! iNe me refuse pas tes avis ! Oli ! parle, que dois-je faire pour que ton frère me pardonne, pour que tu trouves toi-mènie plaisir à me pardonner, et que je puisse ave;-. transport nie compter encore au nombre des vùiies? i)isle -moi !
LA PRINCESSE
Nous ne voulons de toi que bien peu de clioses, et il semble pourtant que ce soit trop. Nous demandons de l'abandon, ùe 'amitié, rien qui te sorte de ce que tu es réellement, rien, s! tu n'es d'abord content de toi-même. Ta joie fait naître hi nôtre; tu la détruis en la repoussant; et si parfois notre patience se lasse, c'est que, pleins du désir de venir à ton se cours, nous voyons, hélas! qu'il n'y a point de secours à te donner, et que tu ne fais rien pour saisir la main que nous tendons avec effort vers toi, sans pouvoir atteindre la tienne.
LE TASSE
Tu es encore telle que tu m'apparus pour la première fois : •.m ange, mi ange sacré ! Pardonne à la vue troublée du mor- :', s'il t'a méconnue un instant. Maintenant il te recomiaitl uii âme s'ouvre tout entière pour te rendre hommage, son cœur tout entier se remplit de tendresse! La voilà, elle est devant toi ! que sens-tu donc"? Ce qui l'entraîne vers toi, esl-cc du déhre? est-ce de la frénésie? ou bien n'obéit-elle qu'à un >entiment plus relevé, qui embrasse la plus haute, la plus pure vérité? Oui, c'est ce sentiment qui seul peut me ren(!re heureux dans ce monde et qui me f;iisait tant souffrir quan 1 je lui résistais et voulais le bannir de mou cœur. Celte passion, j'essayais d'y résister. Je combattais et combattais eiu core, avec le plus intime de mon être; j'osais vouloir anéantir cet être qui t'appartient si pleinement.
LA PRINCESSE
Si tu veux que je t'éconte plus longtemps, ô Tasse, modère d;s transports qui m'effrayent.
260 TORQLATO TASSO.
LE TASSE
Le bord du vase retient-il le vin généreux qui bout, écume, monte, et s'élance en pétillant? Chaque mot de ta bouche lévèle mon bonheur; tes yeux, à chaque mot, brillent d'une lueur plus vive. Je suis changé, je le sens, jusqu'au fond de mon âme; je me sens dégagé de toute nécessité commune, libre comme un dieu, et tout cela je te le dois! Un pouvoir ineffable qui me subjugue découle de tes lèvres. Oui, tu mefais. tout à toi ; rien de moi-même ne m'appartient plus désormais. Mon regard se trouble à tant de bonheur et à tant d'éclat ; mes sens chancellent, mon pied ne me fixe plus à ma place! Tu m'entraînes irrésistiblement vers toi ; mon cœur s'élance vers le tien sans que je puisse l'arrêter! Tu m'as conquis tout entier pour toujours ; prends donc aussi mon âme tout entière !
Il tombe dans ses bras, et la serre avec force contre lai. LA PRINCESSE, le repoussant et reculant avec précipitation.
Arrière !
LÉONORE, accourant, après avoir paru depuis quelques instants, au fond de la scène.
Qu'est-il arrivé? 0 Tasse ! ô Tasse I
Elle suit la princesse.
LE TASSE, sur le point de les suivre.
0 Dieu !
ALPHONSE, qui, avec Anlouio, s'était déjà approclié des autres personnages.
Il perd l'esprit, arrête-le.
Il tort.