‹ Théatre de GoetheChapitre 218 sur 382 · ACTE m · texte numérisé non relu

ACTE m

LE COMTE

Demeurçî,

LE CHEVALIER

. Oui, mais le temps nécessaire jjour vous remercier du bien que vous m'avez enseiiiné, des conn;n"sSances que j'ai puisées dans vos leçons, du désir de bien laire que vous avez fait naître en moi. Adieu, maintenant, adieu pour toujours! J'ai payé la dette de la recoiuiaissance à mon bienfaitenr. Adieu ! Je vous dirai seulement : Vos bienfaits ne me faisaient point rougir, car je croyais les devoir à un homme généreux.

Continuez, continuez; achevez de tout dire avant de quitter la place.

LE CHEVALIER

Vous le voulez, vous l'ordonnez; soit ! donc. 0 comte ! comment avez-vous anéanli en un moment mon bonheur et mes espérances. Ne m'avez-vous pas mieux connu, mieux jugé?

LE COMTE

En quoi me suis-je donc tant trompé? Je voyais en vous un jeune homme avide de bonheur et aspirant ta la for(une et au rang, avec d'autant plus de chaleur que sa position ne lui permettait pas de hautes espérances.

LE CHEVALIER

Oui; mais ne montrais-je pas aussi un cœur plein de mépris pour les moyens vils et bas? Ne voulais-je pas tenir mon plus beau titre de ma franchi:*!, de ma loyauté, de ma bonne foi, de tontes les qualités qni décorent un homme noble, nu soldat? Et maintenant?

LE COUTE

Et maintenant, rougissez de la peau de renard dont vous voudriez couvrir la crinière du lion.

LE CHEVALIER

Plaisantez, si bon vous semble; moi, je vais pailer sérieusement, sérieusement, pour la dernière fois, à un liomn:e que j'ai cru mon ami. Oui, je l'avoue, votre conduite a oui pour moi longtemps équivoijue. Ces connaissances mystérieuses entonrées d'épaisses ténèbres, cette pnis.-ance étoa-

518 LE GRAND COPllTE.

liante à laquelle nous croyions de boinie foi, ce commerce avec les esprits, ces cérémonies infructueuses, tout cela ne me présageait rien de bon : seulement, la grandeur de vos sentiments, que j'avais appris à connaître dans plusieurs circonstances, votre abnégation de tout intérêt personnel, votre sensibilité, votre empressement à rendre service, votre générosité, tout cela m'indiquait au contraire le fond d'un cœur iK)ble. Je demeurai suspendu à votre boucbe, je suçai vos leçons jusqu'à ce moment qui a détruit toutes mes espérances. Adieu! Pour devenir un méprisable et bas coquin, suivre le torrent, et saisir mon intérêt d un moment au préjudice de mes semblables, il n'y avait pas besoin de ces piéparations, tle cet appareil qui me font rougir et me rabaissent. Je vous quitte.

LE COMTE

Chevalier, regardez -moi.

LE CHEVALIER

Que désirez-vous de moi?

LE COMTE

Faites ce que vous me verrez iaire.

Il ôte son chapeaa.

LE CHEVALIER

Faut-il nous quitter avec cérémonie?

LE COMTE

La politesse même vous ordonne de m'imiter.

LE CHEVALIER, ôtant sou chapeau.

Eh bien donc, j'ai l'honneur de vous saluer.

LE COMTE, jetant au loin son chapeau.

Allons, chevalier.

Que signifie cela ?

LE COMTE

Je désire que vous suiviez mon exemple.

LE CHEVALIER, jetant aussi son chapesi^

(Jue ce soit donc la dernière fois que je fais une chose incompréhensible, une folie!

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