‹ Théatre de GoetheChapitre 358 sur 382 · SCÈNE II EUGÉNIE LE CONSEILLER · texte numérisé non relu

SCÈNE II EUGÉNIE LE CONSEILLER

LE CONSEILLER

Beauté respectable, au moment où tu t'approches de moi, j'ai peine à croire que l'on m'ait bien informé. Tu es malheureuse, dit-on, et cependant tu portes partout avec toi le bonheur et la consolation.

EOGÉiME.

Tu es le premier auquel j'aie osé, du fond de ma misère, jeter un regard et adresser une parole, tant tu m'as semblé do>n et noble J'espèie que peu à peu le sentiment pénible qui m'oppresse se dissi|iera.

LE CONSEILLER

Celui même qui aurait beaucoup plus d'expérience que toi serait bien à pi uudre si ion sort lui était échu en partage. Comment ces premiei s cil igrins, qui viennent alfliger ta je?4nesse, n'exciteraienl-ils pas une sympathie secourable? u. 46

Si? LA FILLE NATURELLE.

• EUGÉNIE

Il y a peu de temps que j'échappai à la nuït du tombean pour revoir la lumière ; je ne prévoyais pas ce qui m'arriverait, quel coup ino|iiné viendrait in'abaltre. Je me levai alors, et je reconnu>^ le monde avec ravissement. Le niéd'cin s'empressait de I ailiimer en moi le flambeau de la vie ; je la retionvai dans le regard plt-in d'amour de mon père, dans ses touchantes paroles. Maintenant, pour la seconde fois, je me réveille après uî>; chute sidiite, et tout ce qui m'enloure m'est étranger, tout me paraît fantôme : i'activilé de ces hommes, ta bonté mèinej sont comme un rêve pour moi.

LE CONSEILLER

Lorsque des étrangers entrent dans notie position, ils sont pins pour nous que des prnclies, qui souviint regardent nos jicines avec une sorte d'indilTéreiice, comme des choses dont la vue leur esi habiliielle. Ta position est dangereuse, je n'ose pas affirmer qu'elle soil sans remède.

EUGÉNIE

je n'ai rien à en dire : la puissance qui cause mon malheur m'est inconnue. Tu as parlé de cette femme, elle sait tout; moi, je me borne à làclier de retenir ma raison près de s'égarer.

LE CONSEILLE n.

Ce qui a attiré sur toi cette vengeance du pouvoir suprême est une iàute légère, une erreur, aggravée par le hasard, mais il te reste l'estime des cœurs honnêtes, etieur inchnation parle pour loi.

EUGÉNIE

Ayant conscience de la pureté de mon cœur, je médite sur i'influence des fautes légères.

LE CONSEILLER

Ce n'est rien que de chanceler sur un terrain uni, mais un seul faux pas nous précipite des sommités.

EUGÉNIE

AU l'aîle des régions élevées, je planais dans le ravissement; 1 excès de ma joie m'a perdue. Je touchais par la pensée le bonheur qui m'attendait, et j'en tenais déjà dans mes mains

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