ACTE IV
EnCÉNIE.
Mes regards cherchent encore avec espoir quelque moyen de délivrance.
LA JIAÎTRESSE DE LA COUR
Celui qui te chérit désespère ; comment peux-tu espérer?
EUGÉNIE
Un homme plus calme nous donnera de meilleurs conseils.
LA MAÎTr.ESSE m: LA COUR.
Il ne s'agit phis de choix ni de conseil; tu me précipites dans la misère, tu m'y suivras.
EUGÉNIE
Oh ! je voudrais te voir encore une fois pleine d'amitié pour moi, conmie au temps passé. L'éclat du soleil qui porte partout la vie, la lueur douce et désallérante delà Inné, m'étaient moins cheis que ta présence. Oue vais-je désirer? Tu me prévenais toujours'! Qu'anrais-je à cramdre? Tu écartais tous dangers? Ma mère s'élait déiobée trop tôt aux regards de sou enlant, et tu m'avais entourée de tous les soins attentifs que pent Jnvenicr l'amour d'une mère. Ks-tii donc tout a fait changée? Extérieurement tu me parais toujours celle que j'aimais tant; mais ce qui est changé, c'est ton cœnr; tu es toujours celle que j'implorais dans les plus petites comme dans les plus grandes occasions , et qui ne me refusa jamais rien. Le sentiment de respect que je nourris pour toi depuis mon enfance m'enseigne à te supplier d'avoir pitié de mon sort. Serait-ce m'abaisser que de te prier de me sauver et de m'aiienouiller devant toi comme devant mon père, mon roi, mon Dieu?
Elle se met à genoux.
LA MAÎTRESSE DE^ LA COUÎi.
Dans cette sitnation, tu me railles en feignant de m'honorer, la fausseté ne m'émeut pas.
Elle relève Eugénie avec vivaf.ité- EUGÉNIE.
Est-ce bien de toi que j'entends des paroles si dures, et de ta part que j'éprouve une condnite aussi haineuse? puis-je y survivre? Tu détruis brutalement mes illusions. Je vois cl ai-
renient quel est mon sort. Ce ne sont ni mes fuuLesuiles discordes des grande qui m'ont fait exiler; c'est la haine de mon frère, et tu es d'accord avec lui pour in'exiler.
LA MAÎTRESSE DE LA COUU
L'erreur t'égaie de tous points; que peut ton frère contre toi? Sa volonté t'est contraire, mais il n'a aucune puissance.
EUGÉiME.
Qu'il fasse ce qu'il veut, je ne languirai pas sans espérance dans la solitude des déserts lointains. Un peu[)le tout entier s'agite autour de moi, un peuple airannt, qui se plaît à entendre le nom de la patrie sortir de la bouche d'un de ses enfants. Je l'invoquerai; quelque chose me dit que j'obtiendrai ma liberté au moyen de cetle foule émue.
LA MAÎTRESSE DE LA CODR
Va, tu ne connais pas la multitude brujante; elle s'étonne, frémit et laisse faire; si elle s'émeut, on voit d'ordinaire finir sans succès ce qu'elle a commencé sans dessein.
Tes froides paroles ne m'ôteront pas ma confiance, comme tes actions téméraires ont détruit mon bonheur. J'espère encore trouver quelque vie.là oii la multitude se presse avec tant d'activité; les cœurs qui se conlentent de peu s'ouvrent facilement à la pitié. Tu ne me retiendras pas; je vais proclamer à haute voix , au milieu même de cette foule, l'affreux danger qui menace de m'accabler.