‹ Théatre de GoetheChapitre 62 sur 382 · ACTE I. n · texte numérisé non relu

ACTE I. n

il nous a déjà fait uii mal incalculable. Les liaisons qu'il a formées, les repas, les fêtes qu'il donne, lui ont concilié l'affection de la noblesse plus que n'auraient pu fiire !e> conciliabules secrets les plus dangereux; et, avec leurs loats bruyants, ses convives ont créé autour de lui une auréole qui ne se dissipera jamais. Combien de fois n'a-t-il pas remué les esprits du peuple par ses plaisanteries, et n'a-t-on pas vu la canaille s'arrêter bouclie béante devant ses nouvelles livrées, et admirer le luxe ridicule de son cortège?

IIACHIAVELL.

Je suis convaincu qu'il ne mettait dans ces choses-là aucune intention.

MARGDERITE.

Mais il suffit que ces choses soient mauvaises. Comme je le disais tout à l'heure, il nous nuit sans en tirer pour lui aucun profit. Il prend le sérieux en plaisanterie; nous, pour ne pas nous donner l'air de l'indolence et de la paresse, nous sommes obligés de prendre ses plaisanleries au sérieux. De là mille altercations qui deviennent ensuite la source des maux les plus graves, de ceux même qu'on s'elforçait de repousser. Il est cent fois plus à craindre que !e chef avoué d'une conjuration ne le serait; et je me tromperai fort si on ne pense pas ainsi à la cour. Je ne puis dissimuler qu'il ne se passe peu de jours où il ne me cause un chagrin sensible, très-sensible.

MACHIAVELL.

En toute occasion il m'a semblé agir d'après sa conscience.

MARGUERITE

Sa conscience est un miroir complaisant. Sa conduite es! souvciîl très-offensante; il a souvent l'air d'un homme qui vil dans l'intime persuasion qu'il est le maître, et que s'il vent bien condescendre à ne pas le faire sentir, s'il ne nous chasse pas du pays à l'instant même, c'est que cela viendra de soi-même.

MACHIAVELL.

Je vous en supplie, ne donnez pas à sa francliise, à cette heureuse disposition d'humeur qui lui fait traiter légèrement

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des siijit-^ (iiielqnefois fort graves, une interpré'.ation trop lâcheuse. Vous ne laites par laque vous nuire, ainsi qu'à lui.

MARGUKRITE,

Je irintciprète lien, je ne parle que des consé(]uences iné Titaii'cs; et je le connais : sa noblesse des Pays-Bas et la Toison d'oi 'lu'il porlf sur sa poitrine a\ifi'meiitenl son assurance el son and.ice, l'un et l'antre peuvent également le proléger contie nu niécontenlenieiit subit el arbili'aiie. du roi. PoMses y bien : il est l'unique ^onrce des malheurs de la '"lanilre; c'e.-t Ini qni le premier a luléré les docteurs étran- ;er>; iieut-èhe même s'est-il réjoui en secret de nous voir .. es a Ha ires SI n" les bras. Mais patience! je saisirai cette occasion pour me décharger de tout ce que j'ai sur le cœur, et !a llèelie que je lanceiai ne sera pas perdue. Je sais par où il est sensib.e. .. car il est sensible aussi.

MACHIAVKLL.

Avez- vous fait appeler le conseil? Orange s'y rendra -t-il?

MARGUERITE

J'ai envoyé chez lui à Anvers. Cette fois, je veux leur rappeler catégoriquement la responsabilité qni leur incombe; il faut qu'ils s'oppo eut sérieusehient au mal avec moi, ou qu'ils se déclarent rebelles. — Hàie-loi de préparer les lettres et de me les faire signer; puis envoie au [dus tôt à Madrid le fidèle Fasca, c'est un homme infatigable et dévoué; que ce soit lui qui apprenne la nouvelle à mon frère; qu'il devance le bruit public. Je veux lui parler moi-même avant son départ.

MACHIAVELL.

Vos ordres seront exécutés promptement et ponclueile-

mei-t

MAISON DE BOOliGEOlS.

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