ACTE I
LA JlfaiE.
Ce n'est pas Lien
CLAiriE.
J'avais du goût pour lui; aujonrd hni encore je lui veux du bien au fond de mon àme. J'aurais pu aller jusqu'à l'épouser; et pourtant je ne crois pas l'avoir jamais aimé.
LA MÈHE.
Tu aurais toujours été heureuse avec lui.
CIAIRE. «
Je serais bien établie et mènerais une vie tranquille.
LA MÈRE
Et fout cela est perdu par ta fliute!
CLAIRE
Je suis dans une étrange situation. Quand je songe en moimême à tout ce qui s'est passé, je m'en souviens très-bien, et je ne peux pas me l'expliquer. Mais je n'ai qu'à revoir Egmont, el tout me paraît très-compréhensible, plus que comprébensible. Ah! quel homme! Toutes les provinces l'adorent, et moi je ne serais pas avec lui la plus heureuse créaluie du monde?
LA MÈRE
Quel avenir tout cela nous prépare-t-il?
CLAIRE
Ah! je ne demande qu'une chose, c'est s'il m'aime; et s'il m'aime, est-ce une question?
LA MÈRE
On n'a que du souci à attendre de ses enfants! Comment cela finira-t-il? Toujours de l'inquiétude et du chagrin; cela prend une mauvaise tournure! Tu as fait ton malheur! tu as fait mon malheur!
CLAIRE, tranquillement.
Vous ne vous y êtes pas opposée au commencement.
LA MÈRE
Mon Dieu ! j'ai été trop bonne; je suis toujours trop bonne.
CLAIRE
Quand Egmont passait et que je courais à la fenêtre, vous ne me grondiez pas, vous couriez même à la fenèlre. Quand
82 EGMONT
il levait la tête, souriait et me saluait, vous en plaigniez- 'ousî
Vous vous trouviez, au contraire, honorée dans votre fille
L\ JIÈP.E.
Fais-moi encore des reproches !
CLAiat;, émue.
Quand ses promenades dans notre rue devinrent plus fréquentes, et que nous sentions bien que c'était pour moi qu'il passnit, i»e l'avez-vons pas remarqué vous-nième avec une joie secrète? Me rappeliez-vous, toutes les Ibis que je m'établis:-ais derrière les vitres à l'attendre?
LA MÈRE
Fouvais-je prévoir que les choses iraient si loin?
CLAIRE, d'une voix entrecoupée de sanglots.
Et ce soir oii il vint nous surprendre auprès de noire lampe, enveloppé dans son manteau, qui est-ce qui s'empressa de le recevoir, pendant que-j'étais là clouée sur ma chaise, sans mouvement?
\ja. MÈRE.
Est-ce que je pouvais craindre ipie cette malheureuse passion entraînât sitôt la sage Claerchen? — Maintenant il faut que je supporte de voir ma fille.. .
CLAIRE, fondant en larmes.
Ma mère, vous le voulez absolument! vous prenez plaisir à
me désoler!
LA MÈRE, pleurant.
Pleure donc à présent! rends-moi encore plus malheureuse par ton chagrin 1 N'est-ce pas assez pour moi que ma fille unifiue soit une créature perdue?
CLAIRE, debout, froidement.
Perdue! l'amante d'Egmont une créature perdue! Quelle princesse n'envierait à la pauvre Clserchen la |ilace qu'elle occupe dans son cœur? 0 m;i mère, ma mère!... vous ne parliez pas de même autrefois. Ma bonne mère, soyez indulgente!... Et (pi'iniporte ce que pense le peuple, ce que disent nos voisiiK">? Celte chambre, cette petite maison est un paradis depuis que l'amour d'Egmont y demeure!