L\ 111- UE
On doit lui fliire bon accueil, c'est rrai. Il est toujours si amical, si franc, si ouvert!
CLAIRE
Il n'y a pas en lui une seule veine de fausseté. Voyez, ma mère, c'est pourtant le grand Egmont! et quand il vient à moi, quelle tendresse, quelle bonté! Comme il s'empresse auprès de moi! Ce n'est jdus qu'un homme, un ami, un amant !
LA MÈRE
Vien/^lra-t-il aujourd'hui?
CLAIRE
Ne m'avez-vous pas vue plus d'une fois aller à la fenêtre? n'avez-vous pas remarqué comme j'écoute chaque bruit qui se fait à la porte? — Je sais bien qu'il ne vient jamais avant la nuit; mais, dès que je suis levée, je l'attends, je l'attends à tous les moments du jour. Si j'étais homme, et que je pusse l'accompagner à la cour et partout! Si je pouvais le suivre au combat et porter son drapeau !
LA MÈRE
Oui, tu as toujours été une évapoi'ée. Déjà toute petite, tmlôt folle, tantôt réfléchie!... — Ne fais-tu pas un bout de toilette?
CLAIRE
Peut-être, ma mère, si je m'ennuie. — Hier, je m'en souviens, il passades gens de sa suite qui chantaient des chansons à sa louange... au moins son nom était dans leurs chansons; je ne pus distinguer le reste des paroles. Le cœur me battait à en être suffoquée!... je les aurais appelés, si j'avais osé...
LA MÈRE
Prends garde à toi ! ta vivacité gâte tout : lu le trahis ouvertement devant le monde. L'autre jour encore, cluz notre cousin, quand tu as trouvé sur la table, cette gravure sur bois avec nue légende, et que tu as ciié : « Le comte d' Egmont ! » je devins rouge comme le feu.
84 EGMONT
CLAinE.
Le moyen de me laire ! G était la bataille de Gravelines : je trouve en haut de la feuille la lettre C; je cherche en bas la légende «jui s'y rapporte, il y avait ceci : « Le comte d'Egmont ayant son cheval tué sous lui. » J'en fus toute saisie... Ensuite je ne pus m'empè;her de rire de cet Egmont gravé sur bois, à lui seul il était aussi grand que la tour de Gravelines et les vaisseaux anglais tout ensemble. — Quand je me rappelle les idées que je me formais d'une bataille; et la manière dont, élant petite, je me représentais le comte d'Egmont, toutes le? fois (pie j'entendais parler de lui et de tous les autres comtes et princes du monde, et quand je les compare à celles d'à présent...
Enlrc Brackenbourg.
CLAIRE
Eh bien! qu'ya-t-il?
BRACKENBOURG.
On ne sait rien de posilif. 11 doit être survenu de nouveaux désordres en Flandre; et la gouvernante doit prendre ses nsesures pour qu'ils ne se propagent pas ici. Le château a reçu une foi te garnison ; les bourgeois sont aux portes en grand nombre; le peuple s'amasse dans les rues. — Je cours vile rejoindre mon vieux père.
Il se dispose à sortir.
CLAIRE
Vous verra t-on demain? Je vais m'habiller un peu : mon cousin doit venir, et je suis par trop négligée ! Doimez-moi un coup de main, ma mère. — Emjiortez ce livre, Brackenlourg, et rapportez-moi une histoire du même genre.
LA MÈRE
Adieu !
BRACKENBOURG, tendant la main.
Votre main !
CLAIRE, refusant la sienne.
Quand vous reviendrez.
La mère et la fille sortent ensemble.
BRACKENBOURG, seul.
3'étais décidé à sortir tout de suite, et me voici furieux de