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de grâce 1823. » Si l'on veut faire des tragédies qui puissent intéresser le public contemporain, faut-il suivre les errements de Racine ou ceux de Shakespeare? Toute la question est là, et on devine dans quel sens il la résout. Ce qu'il appelle le romanticisme est l'art de coniposer les œuvres littéraires qui, dans l'état actuel des habitudes et des croyances, sont susceptibles de donner le plus de plaisir possible. Kacine a été un romantique pour son temps : il a fait tout ce qu'il était possible de faire avec les moyens imparfaits dont il disposait, et n'en est pas moins un grand poète dramatique, comme César denieure un grand général, quoiqu'il ne conniÀt pas la poudre. Aujourd'hui, en suivant les règles nouvelles, il ferait cent fois mieux gu'IPHi- GÉNIE. Quel est l'homme un peu éclairé qui n'éprouve pas plus de plaisir à voir la Marie Stuart de M. Lebrun que le Bajazet de Kacine'^ Pourtant les vers de M. Lebrun sont faibles. L'imniense différence dans la quantité de plaisir vient de ce qu'il a osé être à denii romantique. Tel est le fond de la thèse de Beyle : je l'ai résumée en gardant autant que possible ses expressions.
C'est à peu près ce que répétait Victor Hugo, mais en un tout autre style, dans sa préface de Cromwell (1827). // nous montre Kacine opprimé par les règles et par les pédants, pliant en silence et abandonnant aux dédains de son temps « sa ravissante élégie d'EsTHEW, sa magnifique épopée c/'Athalie >■ . S'ïï n'eût pas été paralysé par les préjugés du siècle et « par la torpille classique «, on doit croire qu'il n'eiÀt pas manqué de jeter Locuste entre Nar-
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cissc et Néron dans Britannicus, et n'eût point relégué dans la coulisse le banquet oii l'élève de Senèque empoisonne le fds de Claude dans la coupe de la réconciliation. « Mais peut-on exiger de l'oiseau qu'il vole sous le récipient pneumatique? •» Dans ces premiers temps, Hugo mit toujours une sorte de coquetterie, si l'on peut cùnsi dire, à bien parler de Kacine. Ouvrez encore Littérature et philosophie MÊLÉES, vous y trouverez çà et là le ténioignage d'une admiration sincère pour Kacine, non seulement dcms le Journal des idées, des opinions et des lectures d'un jeune jacobite, ce qui na rien d'étonnant, mais dans la préface, datée de mars 1884, où il explique le but de sa publication. Si V. Hugo fût resté fidèle jusqu'il la fin ci ce premier sentiment, Kacine aurait eu la fortune assez rare de ne trouver que des adniirateurs parmi les chefs de l'école litté' raire qui venait détruire et remplacer la sienne, — depuis Chateaubriand, dans le Génie du Christianisme, jusqu'à Lamartine, qui, en son Cours familier de littérature [t. III, iSSy), le considère comme <( la perfection incarnée de la langue poétique en France », et le préfère à Shakespeare, — en passant par Emile Deschamps ^, Alfred de Vigny-, et bien d'autres, avec des nuances diverses ; sans même oublier Eugène Delacroix, le grand peintre qui, après avoir accompli dans l'art une révolution analogue à celle de Victor Hugo dans la poésie, montrait en ses écrits un goût prononcé et un sentiment aussi vif
1 . Introduction des Etudes françaises et étrangères. 2. Avant-propos du More de Venise.
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que fin de la littérature classique en gaural et de Kacine en particulier.
Les élèves, comme il arrive toujours, étaient moins tolérants que le niaitre. On connaît l'histoire légendaire de la première représentation ^'Hernani. La fièvre littéraire des jeunes romantiques, leur exaspération contre les bourgeois et les académiciens réccdcitrcmts, se traduisirent par une foule d'apostrophes véhémentes et de prosopopées injurieuses ci l'adresse de l'homme en qui se résume la tragédie classique. Les niânes de Kacine furent accablés de quolibets et d'outrages. On voua son ombre aux gémonies. On eut volontiers mis une corde au cou de son buste pour le traîner ci l'égout. Quelques contemporains ont raconté que les énerguniènes du parterre formèrent des rondes dans le foyer et le vestibule aux cris de : Enfoncé Racine! Un rapin de lettres, nommé Genty, s'acquit même alors quelque réputation pour avoir formulé l'opinion des enfants perdus de la nouvelle école dans ce bel axiome: "Kacine est un polisson ». // trouva de l'écho sous la plume de quelques enthousiastes qui faisaient de la critique par acclamation. Le 3o niai i838, dans une représentation ci son bénéfice donnée sur la scène de l'Opéra, M'"« Dorval avait joué le quatrième acte de la Phèdre de Pradon, tandis que Af ^ Duchesnois jouait le même acte de la Phèdre de Kacine, ce qui fournit ci bon nombre de journalistes romantiques l'occasion de ressusciter de leur mieux, contre ce dernier chef-d'ceuvre , la coterie de la duchesse de Bouillon, et de démontrer que la versification de Pradon était beaucoup plus facile et naturelle. La bénéficiaire, dans son simple
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bon sens, n'en jugeait pas ainsi, et elle écrivait au critique qui lui avait suggéré cette tentative de curiosité pure : « Ah! quels vers que ceux de M. Pradon! Pour les retenir, je suis obligée de les mettre sur l'air : Vive, vive à jamais M. de Catinat! »
Parnii les romantiques , aucun n'a entrepris plus en règle la démolition de Kacine qu'un jeune homme qui arrivait du Midi et qui venait de débuter dans les Débats et la Revue de Paris , sous les auspices de Victor Hugo. Avec la ferveur d'un néophyte, la verve et la fougue d'un Méridional de vingtquatre ans, le tempérament d'un polémiste quise préoccupe plus de frapper fort que de frapper juste, M. Adolphe Granier de Cassagnac se niit à exercer irrévérencieusement sa poigne sur la renommée de Kacine comme sur une tctc de Turc. Les curieux peuvent lire, dans ses Œuvres littéraires, un « éreintement » t/'ATHALiE, oii il est démontré, entre autres choses, que cette pièce est fort médiocre, mal construite, pleine de fautes de français; que le plan trahit une absence de toute réflexion, que le style est de l'école de « Christine de Pisan », et que C Opéra- Comique y regarderait à deux fois avant d'acceptei des couplets aussi plats que les stances des chœurs.
Victor Hugo laissait ci ses amis intempérants la gloire de ces retentissants paradoxes. Il n'a jamais rien écrit de semblable, et c'est tout au plus si l'on pourrait citer çà et là, dans son œuvre, quelques traits assez peu significatifs, comme en cette pièce des Contemplations qui porte pour titre : Réponse a UN acte d'accusation. Mais il semble qu'il n'ait pas exprimé son véritable sentiment sur Kacine dans les
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passages que nous avons cités plus haut, ou qu'il se soit laisse entraîner peu à peu et qu'il l'ait jugé plus sévèrement par la suite. Au chapitre II de son livre Les 'ARTISTES JUGES ET PARTIES, M. Paul Stapfer rapporte quCj dans les longues et nombreuses converitions qu'il eut avec Victor Hugo à Guernesey, le poète que celui-ci critiquait le plus volontiers et le plus vivement, c'était Racine^ surtout coninie écrivain et au nom de la grammaire. Il lui reconnaissait ■( un certain tcdent de coniposiiion et surtout d'analyse psychologique »; // voulait bien voir en lui « un auteur estimable, du deuxième ou du troisiènie ordre»; mais il se sentait « révolté de l'erreur monstrueuse que le goût national a commise » en plaçant au premier rang un écrivain qui u fourmille de fautes de français et d'images fausses ). Suivent trois exemples, dont deux sont tirés d'\?HiGÉmE et l'autre de Phèdre. Victor Hugo juge, d'après M. Stapfer, que les vers oii Iphigénie se déclare prête à obéir à son père sont du •<. galiniatias suave », mais « grotesque )^; que la description du monstre, dans le récit de Théramène, est faite en « vers de mirliton )■>, et, de plus, qu'il y a trois ou quatre grosses incorrections dans le dis- '^ours d'Agrippine.
Accuser Kacine de parler un français incorrect est une imprudence qui porte gén'^ralement malheur^, et dont M. Victor Hugo eût du se défendre par la
i . On peut voir, comme une curiosité en ce genre, un opuscule publié à Aix en 1864, où M. le baron de Senez a entrepris de refaire Vlpliigénie, au point de vue de la grammaire et de la versification. L'auteur donne le texte da
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crainte de ressembler à Subligny, à l'abbé d'Olivet et à l'abbé Pellegrin. On est stupéfait de quelques-uns des exemples rapportés par M. Stapfer, et Von se demande comment le poète ne s'est pas aperçu qu'il justifiait toutes les critiques dont il a été l'objet de la part des grammairiens, éplucheurs de syllabes, peseurs jurés de diphtongues, de ceux qu'il appelle des cuistres, en appliquant le même procédé pédantesque à la langue de Kacine. Voilà qui dépasse encore les paradoxes de M. Granier de Cassagnac. Faut-il donc croire que ce dernier, — comme plus tard le disciple fidèle et /^alter ego du maître, M.Vacquerie, l'auteur des Profils et Grimaces, — n'a fait que dire tout haut, à la façon des enfants terribles, ce que le chef de l'école romcmtique n'a jamais osé écrire? Je le crains. Mais n'oublions pas qu'on se laisse souvent entraîner dans une causerie, au coin du feu, après dîner, bien au delà de sa pensée véritable, surtout lorsqu'on est stinudé par la contradiction, et que des conversations intimes et familières, — bien que M. Stapfer déclare avoir été non seulement autorisé, nmis encouragé par son illustre interlocuteur, Cl tenir note de celles d'Hauteville-House, — ne sauraient jamais avoir, qu'il s'agisse de Victor Hugo ou de Buffon, la portée d'un jugement écrit. La violence même des termes employés enlève à celleci la plus grande partie de sa signification et suffirait à mettre en garde contre elle.
Racine d'un côté et le sien de l'autre, comme dans une traduction, et il annonce qu'il a entrepris ce travail « avec le concours de l'Esprit de Racine »