XL LE THEATRE DE RACINE
Le critique en titre de la nouvelle école, Sainte- Beuve , a bien des fois parlé de Kacine. Sa pr entière étude, recueillie dans les Portraits littéraires, est à peu près contemporaine de la représentation c/'Her- NANi. Elle est empreinte d'une certaine sévérité, qui porte sa date avec elle. Non pas, sans doute, que le fin et sagace critique soit capable de méconnaître Kacine entièrement et de partager les préventions passionnées qu'on nourrissait contre lui dans les rangs des romantiques fiévreux et farouches ; mais il subit l'influence du moment ; il entoure ses éloges de réserves, de restrictions nombreuses. Il l'accuse d'éluder parfois les situations dramatiques, à la façon de Timanthe voilant la tête d'Agamemnon pour s'épargner la peinture de sa douleur; d'avoir plus de puissance pour élaguer que pour étreindre, de supprimer les parties accessoires et les antécédents incommodes. Ses tragédies se composent de deux ou trois nuances assorties avec art sur un fond simple, et les variations mélodieuses de son style ne dépassent point l'échelle d'une seule octave. Il se fraye une route moyenne entre les qualités extrêmes des originaux qu'il imite ou traduit, et garde prudemment le milieu de la chaussée, à distance des bords d'où, l'on voit le précipice. La pudeur de son goût, trop exaltée, le laisse plus d'une fois en deçà du bien, en deçà du mieux. Dans Britannicus, type de ses tragédies romaines, Sainte-Beuve lui reproche particulièrement, comme V. Hugo, d'avoir soustrait aux yeux la grande scène du festin. Phèdre est moins encore dans les maurs grecques que Britannicus dans les mœurs romaines, et il y a esquivé l'explication attendue entre
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Thésée d Phèdre. Quoiqu'il soit bien phis à l'aise en un sujet hébreu, Athalie menu est trop nue, trop abstraite : sans méconnaître le caractère iniposant de Vensenible et la magnificence de beaucoup de détails, Sainte-Beuve la déclare moins complète et moins désespérante qu'on a bien voulu le croire. Il se plaint de n'y pas trouver le temple de Scdomon revêtu de lanies d'or, avec ses deux colonnes de bronze, ses douze bœufs d'airain, ses riches et merveilleux ornements.
Déjà, du temps même de Racine, Saint-Évremond, dissertant sur Alexandre, lui avait reproché de ne pas donner une assez grande idée d'une guerre si étrange. Il aurait voulu retrouver, « dans la peinture de l'appareil et dcms le récit de la bataille n, les chariots, les éléphants, le passage de l'Hydaspe sur de simples peaux, au mdieu des éclairs, des foudres, des tempêtes. « Tout cela devait fort élever l'imagination du poète. » Mais on sait comme Sainte-Beuve a rétracté sa première opinion dans Port-Royal, particulièrement en ce qui concerne Athalie, où d reconnait que la préoccupation du décor l'avait rendu trop peu sensible à la grandeur incomparable de cette tragédie, remplie tout entière par V auguste présence du Dieu invisible, et comme il a fait subir à ce portrait nombre de retouches successives, oii ses réserves s'atténuent de plus en plus. «Mon jugement, dit-il en une note, a commencé ci me paraître moins juste quand les continuateurs exagérés me l'ont rendu comme dans un miroir grossissant. » Son goût fut averti, et comprit qu'il faisait fausse route devant l'amplification violente de M. Granier de Cassagnac.