ACTE I, SCENE m
De nous donner la paix sans le secours d'un crime, El, de vostre couroux triomphant aujourd'huy, Contenter vostre frère, et régner avec luy.
Eteocle.
Appellez-vous régner partager ma couronne, Et céder laschement ce que mon droit me donne?
JOCASTE
Vous le sçavez, mon fils, la justice et le sang
Luy donnent comme à vous sa part à ce haut rang.
Œdipe, en achevant sa triste destinée,
Ordonna que chacun regneroit son année,
Et, n'ayant qu'un Estât à mettre sous vos lois,
Voulut que tour à tour vous fussiez tous deux rois.
A ces conditions vous daignastes souscrire.
Le sort vous appella le premier à l'empire.
Vous montantes au trosne, il n'en fut point jaloux,
El vous ne voulez pas qu'il y monte après' vous!
Eteocle.
Non, Madame, à l'empire il ne doit plus prétendre: Thebes à cet arrest n'a point voulu se rendre, Et, lors que sur le trosne il s'est voulu placer. C'est elle, et non pas moy, qui l'en a sceu chasser. Thebes doit-elle moins redouter sa puissance, Après avoir six mois senti sa violence? Voudroit-elle obeïr à ce prince inhumain. Qui vient d'armer contre elle et le fer et la faim? Prendroit-elle pour roy l'esclave de Mycéne, Qui pour tous les Thebains n'a plus que de la haine, Qu' s'est au roy d'Argos indignement soumis, Et aue l'hymen attache à nos fiers ennemis? Lors que le roy d'Argos l'a choisi pour son gendre, Il esperoit par luy de voir Thebes en cendre;