‹ Théâtre de Jean Racine, pubChapitre 4 sur 225 · VIII LE THÉÂTRE DE RACINE · texte numérisé non relu

VIII LE THÉÂTRE DE RACINE

exprime une opinion qui avait de nombreux partisans, lorsqu'il s'écrie :

Je ne sais pas pourquoi l'on vante V Alexandre: Ce n'est qu'un glorieux qui ne dit rien de tendre.

// ne faut janiais perdre de vue ce courant de l'esprit public en examinant le théâtre de Racine. Ceux qui lui reprochent ses concessions au goût du temps ne doivent point oublier que d'autres lui adressaient des reproches tout contraires. L'auteur de la Dissertation

SLR LES TRAGÉDIES DE PhÈDRE ET HiPPOLYTE démontre que notre poète a ((manqué de civilité, choqué les règles de la bienséance, ignoré l'usage de la cour » . De telles critiques peuvent donner une idée du discernement et du goût de Racine, et témoignent comment il savait résister, mênie en cédant. Là ou nous croyons qu'il n'a fait que suivre la mode, il se trouve, en examinant de près, qu'il l'a accommodée à son talent et aux besoins du genre tragique. Personne ne se dérobe aux influences de son époque; mais, en subissant, quelquefois un peu trop, les conditions de son siècle et du milieu oit il vivait. Racine du moins sut toujours les élever jusqu'au grand art.

On a dit bien des fois ^u'Andromaque (1667) fut le CiD de Racine, et ce rapprochement est si naturel qu'il serait difficile de ne pas l'indiquer. Pour le coup, il n'était plus possible à personne, pas même à l'auteur du Cid, de s'y méprendre : Corneille avait un rival digne de lui, quoique bien différent de lui. Dans Andromaque, Racine n'a pas encore atteint la perfection de style où nous le verrons s'élever. Le vers a déjà toute son élégance et toute son harmonie;

LE THEATRE DE RACINE ix

t7 na pas encore partout cette structure ferme et savante qui ne laisse entrevoir aucune négligence, aucune cheville, et dissimule si bien les faiblesses qu'elles échappent à presque tous les regards. Mais, pour le pathétique, la vie, le mouvement, la passion, pour la connaissance intime et profonde des secrets du cœur, pour l'expression délicate ou énergique, toujours vraie, toujours émouvante, des sentiments et des caractères, il ne dépassera pas Andromaque.

Les Plaideurs (1668) représentent dans la carrière de Kacine un intermède joyeux, assez pareil à ce drame satirique qui était imposé par la loi des concours, dans la Grèce de Sophocle et d'Euripide, à tout auteur d'une trilogie tragique. Après quoi, Britan- Nicus, BÉRÉNICE, Bajazet, Mithridate, Iphigénie, se succèdent d'année en année. Boileau se vantait d'avoir appris à Kacine à faire difficilement des vers faciles : pas trop difficilement , puisque chaque année produisait sa tragédie, en moyenne de seize à dix-huit cents vers. L'intervalle fut de deux ans, et même un peu plus, entre Iphigénie et Phèdre, la seule pièce où il ait lutté directement avec Euripide. Après Phèdre , Kacine s'enfonce dans un long repos, et parait vouloir définitivement renoncer au théâtre. Les scrupules de conscience peuvent revendiquer sans doute la plus forte part dans cette détermination ; cependant Us dégoûts que lui avait fait éprouver la sotte et violente cabale des protecteurs de Pradon, son mariage et sa vie de famille, ses fonctions d'historiographe du roi, y furent bien pour quelque chose aussi. Il faut regretter sans doute une résolution qui nous a privés de plusieurs

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