SCENE VI
CREON, ATTALE
Creon.
L'interest des Thebains n'est pas ce qui vous touche. Dédaigneuse princesse, et cette ame farouche, Qui semble me flatter après tant de mépris, Songe moins à la paix qu'au retour de mon fils. Mais nous verrons bien-tost si la fiere Antigone Aussi-bien que mon cœur dédaignera le trône; Nous verrons, quand les dieux m'auront fait vostre roy, Si ce fils bien-heureux l'emportera sur moy.
Attale.
Et qui n'admireroit un changement si rare? Créon même, Créon pour la paix se déclare.
Creon.
Tu crois donc que la paix est l'objet de mes soins?
Attale.
Ouy, je le crois, Seigneur, quand j'y pensois le moins ; Et, voyant qu'en effet ce beau soin vous anime. J'admire à tous momens cet effort magnanime Qui vous fait mettre enfin vostre haine au tombeau, Menecée en mourant n'a rien fait de plus beau, Et qui peut immoler sa haine à sa patrie Luy pourroit bien aussi sacrifier sa vie.