‹ Théâtre de Jules Lemaître. - (volume 2)Chapitre 153 sur 228 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

l'idée bizarre de me consulter là-dessus, n'avait pas l'air assez convaincu de ce que je lui disais que nous n'avons pu nous entendre. Voilà tout. Et puis crois-en ce que tu voudras.

VANEUSE.

Mais, mon ami, j'en crois ce que tu m'en dis.

CHAMBRAV.

C'est plus simple en effet. (Un silence.) Dis-moi, que penses-tu de ton gendre?

VANEUSE.

Ce n'est pas un méchant garçon.

CHAMBRAV.

Mais encore?

VANEUSE.

J'ai entendu dire que c'était un gredin. Mais, étant son beau-père, j'ai dû être un des derniers à en avoir la nouvelle, et je serai sans doute le derniei* à en avoir la preuve. Je ne la chercherai pas. Je ne crois que ce que je vois et, Dieu merci, je ne suis pas curieux. (Rompant les chiens.) Et alors... tu vas bien?

CHAMBRAV.

Tu vois.

Cela fera plaisir à Yoyo. Elle était très en peine de toi, très émue de toute cette affaire, qu'elle ne pardonne pas à son mari... Car tu sais qu'elle t'adore?

C'est possible. Elle doit aimer à être battue.

VANEUSE.

Il ne faut pas mal juger Yoyo. Tu ne peux pas t'imaginer comme elle a toujours été gentille pour moi... Je t'assure que c'est un excellent cœur... Elle craint

d'avoir été, malgi'é elle et à son insu, la cause indirecte des derniers... incidents, et elle en est désolée... Et alors elle a eu une idée que je trouve charmante.

CHAMBR.W.

Voyons.

VANEUSE.

Elle voudrait te dire elle-même son chagrin, ses regrets, s'assurer que tu ne lui en veux pas... Qu'est-ce que tu as?

Rien. Je te regarde.

VANEUSE.

Enfin, si elle venait te voir, la recevrais-tu?

CHA.MBRAY.

Mon Dieu, tout de même.

VANEUSE

Je crois c|u'elle viendra cet après-midi. Sois bon pour elle.

Je serai bon.

VANEUSE.

Bien entendu, elle n'aurait pas songé à faire cette démarche, pourtant si simple, si tu avais continué à demeurer avec les Martigny... Mais nous avons su votre rupture et nous en avons été, Yoyo et moi, très afîectés... Je ne te demande pas ce qu'il y a eu entre vous, ni pourquoi ils t'ont quitté?

CHAMBRAY

Ils m'ont quitté parce que je les aimais trop et que ça les gênait.

VANEUSE.

Mon pauvre ami!

CHAMBRAY

La vérité, vois-tu, c'est de se marier à vingt-cinq ans, d'être grand-père à cinquante...

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