ACTE TROISIEME
VANEUSE.
Et ainsi de suite ?
GIIAMIÎR.VY.
Parfnileineiit. J'étais né pour ça. Père et grand-père, on m'aurait supporté; et, d'ailleurs, m'étant déjà contenté auparavant, je n'aurais pas eu, au tournant de l'àgc, ce besoin inquiet de tendresse qui m'a, paraît-il, rendu intolérable... Mais j'ai eu beau faire pour Jeanne dix fois plus qu'un père n'aurait fait, je ne suis que l'oncle. On me l'a fait sentir... Que vais-je devenir maintenant?... Quelle raison ai-je de vivre?... Ah ! c'est triste d'avoir notre âge !
VANEUSE.
Notre âge, notre âge... Tu n'as que ça à la bouche! Mais il a du bon, notre âge, beaucoup de bon. Tu te demandes ce que tu vas faire? Ne cherche pas si loin. Fais comme moi.
ClIAMBRAV.
Comme toi ! (il le toise.) Mais, mon ami, sans te parler de certains autres sentiments avec lesquels tu es brouillé, j'ai le sentiment du ridicule, moi.
VANEUSE.
Erreur! préjugé! faiblesse! Oui, on se moque des vieux messieurs qui se distraient, des a vieux marcheurs », comme on dit. Cela n'empêche pas leurs plaisirs d'être réels. Jamais, entends-tu bien? jamais on ne jouit mieux de la vie qu'à nos âges. On a l'expérience du plaisir: on le goûte savamment, minutieusement, — lentement..;
C H A M i; RAY.
Et pour cause.
VANEUSE, continuant.
On trouve de la saveur aux m(jindres choses; on ne laisse rien perdre des petits bonheurs qui flottent
autour de nous; on sait voir, respirer, humer, frôler, aimer...
Oui, tout, excepté être aimé.
VANEUSE.
Nouvelle erreur, mon ami. Nous n'inspirons plus de passions, c'est vrai. Mais passions — ou béguins — à part, crois bien quen général les femmes, — très malignes, — nous préfèrent aux jeunes gens. Et pas seulement parce qu'elles attendent plus de notre libéralité : non; c'est très sincèrement et très réellement qu'elles nous préfèrent. Elles nous trouvent plus de prestige, de surface... et aussi plus de politesse et de douceur. Nous leur faisons plus d'honneur, et nous leur inspirons plus de confiance. Nous flattons à la fois leur vanité et leur besoin d'égards et de considération, et même leur besoin de romance, car nous, nous sommes encore sentimentaux .. Enfin, je t'assure qu'elles aiment les vieux. (Grand geste vers la salle.)
Demande-leur plutôt !
Parbleu! elles sont payées pour ça!
VANEUSE.
Mais non, mon ami, pas tant que tu crois... Pour peu que nous soyons bien tenus, pas dégoûtants, ne crois pas qu'elles aient à s'efforcer. C'est de très bon cœur, spontanément et pour leur plaisir — je sais ce que je dis — qu'elles sont gentilles avec nous. Si je pouvais te raconter... C'est étonnant, quand on a été formé par quarante ans de fête, comme on finit par en recueillir les bénéfices!...
CHAMBRAV.
Vieux scélérat !
VANEUSE.
Vieux! vieux! Encore un préjugé, mon ami. Ouand