ACTE QUATRIEME
GOTLIEB.
Oh! moi, madame, je n'en cherche pas si long. Il Tant des riches et des pauvres parce que ça s'est toujours vu, que ça se verra toujours., et que ça ne cesserait que pour recommencer. Il est probable que c'est dans la nature... Ceux qui veulent tout changer dans le gouvernement sont la plupart des fainéants et des pas-grand'chose : je l'ai souvent remarqué. D'ailleurs, si vous voulez mon idée, ce n'est peut-être pas pour être heureux que nous avons été mis sur la terre. Et, dun autre côté, si chacun accei^tait son lot et faisait son devoir dans le coin où il est... il resterait peut-être encore de la misère, mais il y en aurait moins, c'est moi qui vous le dis.
FRIUA.
En d'autres termes, Gotlieb, si on ne cherche pas d'abord à rendre les hommes meilleurs et plus charitables, on n'arrivera jamais à les rendre moins malheureux.
GUTLIEB.
C'est bien ce que je pense, madame.
FRIDA
Oui, mais pour que les pauvres puissent devenir meilleurs, ne faut-il pas que les riches le deviennent aussi eux-mêmes? N'est-ce pas à eux de commencer?
GOTLIEB.
C'est vrai; mais qu'est-ce que vous voulez? On ne peut pas les forcer.
FRIDA
Oui sait? On peut au moins les obliger à réfléchir. Je crois que c'est là l'idée du prince... Il veut être avant tout le roi des pauvres gens.
GOTLIEB.
(Ju'il soil béni pour cette idée-là. Mais, voyez-vous,
il y a tout de même bion des malheureux qui le sont par leur faute, parce qu'ils ne veulent pas travailler, ni obéir. Et ça, on ne peut rien y faire. Enfin, selon moi, monseigneur est trop bon; il rêve des choses qui ne sont pas possibles; il a des idées qu'on n'a jamais eues dans son rang... Je ne vous fâche pas. madame?
FRIDA
Non, Gotlieb... Et tenez, je vous demande de vous enhardir tout à fait... J'ai un poids sur le cœur, dont je veux me délivrer... Vous aimez le prince Hermann?... Vous lui êtes dévoué?
GOTLIEB.
J'appartiens à monseigneur : il peut me demander ce qu'il voudra, y compris mon sang.
Et non seulement vous l'aimez, mais vous l'estimez?
GOTLIEB.
Oh! madame, ce mot-là... de moi à lui...
FRIDA
Répondez. Vous le croyez incapable de faire une mauvaise action, de manquer à ce que vous regardez, vous, dans voire condition, comme un devoir essentiel?
Oui, madame... mais je ne comprends pas bien...
FRIDA
Quelle est votre pensée au sujet de la princesse Wilhelmine?
GOTLIEB.
Je n'en ai pas, madame. Je ne l'ai jamais guère vue. On dit qu'elle ne se montre pas souvent et qu'elle est un peu fîère.