ACTE QUATRIÈME
FRIDA
Est-ce que vous croyez qu'elle a lieu d'être malheureuse?
Comment saurais-je cela, madame?
FRIDA
Je vous supplie de répondre, Gotlieb... Votre réponse m'importe beaucoup, parce que vous avez Tâme droite et que moi je vous estime. (Le regardant bien en face.) Quand le prince vient ici, qu'est-ce que vous pensez de lui et de moi?
GOTLIEB, très troublé.
Je ne pense rien, madame; les grands sont les grands, et je ne sais pas ce que je ferais si j'étais prince.
FRIDA
11 ne faut pas dire cela, Gotlieb. Les princes sont des hommes, et vous avez le droit de les juger d'après l'idée que vous vous faites du bien et du mal.
Je suis entièrement dévoué à monseigneur, j'exécute les consignes qu'il me donne sans faire d'observations, même au dedans de moi. Je n'ai pas besoin de savoir pour obéir. Et même j'aime autant ne pas savoir.
FRIDA
Ah ! vous voyez bien que vous pensez quelque chose !
GOTLIEB.
Moi, madame?...
FRIDA, solennelle.
Vous me reprochiez tout à l'heure de croire toujours le bien, et moi je vous dis : Gotlieb ! Gotlieb ! ne croj^ez pas le mal.
GUTLIEB, très ému.
Ouoil... C'est vous qui... A moi... moi... pauvre
homme... (Lui prenant la main et la baisant.) Noiî, non,
madame, je ne le crois plus.
Merci, Gotlieb... Et maintenant savez-vous ce que nous allons faire? Je nai pas assez de fleurs, et j"cn ai vu de si belles, là-bas, au bord de 1 étang. Mais je n"ai pas pu les atteindre. Venez avec moi, vous me les cueillerez.
GOTLIEB, avec effusion.
Tout ce que vous voudrez, madame.
Il est admirable, cet étang, et si bleu, si bleu !
GOTLIED.
Oui, l'étang de la Dame.
FRIDA
On l'appelle comme cela?... Je parie qu'il y a une histoire?... (Gotlieb fait signe que oui.) Une histoire d'amour?
GOTLIEB.
Naturellement.
FRIDA
Et de mort?
GOTLIEB.
Dame ! c'est bien souvent la même chose.
FRIDA
C'estvrai... c'est souvent la même chose... Vous me la raconterez en marchant, Gotlieb.
GOTLIEB.
Oui, madame.
Ils sortent.