‹ Théâtre de Jules Lemaître. - (volume 2)Chapitre 69 sur 228 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

tuerie... Il compte sur vous pour l'exécution de la sentence.

FRIDA, balbutiant.

Sur moi'?... Sur moi? •

.\WDOTIA.

Comprenez-vous? (Frida reste atterrée et muette.) Com-

prenez-vous? Mais répondez donc!

FRlDA.

Ainsi, c'est cela que vous veniez me demander! C'est pour cela que vous reparaissez au bout de trois ans!... (Épouvantée.) Pour cela!... Pour cela !...

Autrefois, à Paris, vous en souvient-il? nous célébrions ensemble, dans nos réunions, la mémoire de nos héros et de nos martyrs. Et vous les admiriez, vous les honoriez dans votre cœur, vous les chérissiez avec larmes... Or qu'avaient-ils fait, sinon ce que le peuple attend de vous aujoui-d'hui?

FRIDA

Ceux-là avaient tué des tyrans, des êtres méchants et haïssables, des ennemis de l'humanité... Mais Hermann !

Le prince Hermann est peut-être plus coupable qu'eux tous, car il a été plus hypocrite. Il n'a bercé le peuple de belles promesses que pour le massacrer avec moins de péril, et à la cruauté de la « répression », comme ils disent, il a ajouté la perfidie du guet-apens.

Ce n'est pas vrai! Non, ce n'est pas vrai! Je le connais bien, peut-être ! Je n'ai jamais vu cœur plus tendre ni bonne volonté plus héroïque. Je vous avais écrit

102 LES UOIS.

tout cela' et vous n"avez pas daigné me répondre... Ce qu'il a fait, c'est vous qui l'y avez forcé, vous le savez bien. Mais ce que vous ne savez pas, ce sont les larmes de sang que cela lui a coûtées... Vous n'avez pas voulu comprendre sa pensée; mais enfin ce n'est pas sa faute... Songez, d'ailleurs, à ce qu'il avait fait avant ce malheureux jour, aux haines qu'il avait soulevées contre lui avant d'encourir les vôtres...

Qu'importe?... Et quand même je consentirais à vous croire? Si ce n'est sa volonté qui est malfaisante, c'est donc sa fonction. Tant pis pour lui! Les hommes comme lui, avec leurs demi-lueurs et leurs velléités de justice, que contrarient les nécessités et les préjugés de leur état, sont plus dangereux pour nous que les despotes déclarés : car ils peuvent prolonger, par les fausses espérances qu'ils donnent aux simples et aux timides, l'ignominie du vieux monde... Enfin, je vous le répète, le prince Hermann est condamné... J'avais prévu votre trouble et vos premières résistances... Néanmoins je comptais sur vous... Dites-moi si je me suis trompée.

FRIDA

Alors, quand vous m'avez envoyée ici, c'était pour le meurtre et pour la traliison?

Tous les meurtres glorieux, tous ceux qui ont sauvé des villes ou affranchi des pcuj)les, ont été des trahisons.

FRIDA

Mais Hermann vous a graciée!

C'était un piège.

FRIDA

Récemment encore, il vous a épargnée. C'est par lui

Page 1