ACTE QUATRIÈME. I
(jue votre dernière condamnation a été insignifiante. II na jamais été méchant pourrons.
AWDOTIA.
Eli! croyez-vous que je songe à moi?
FRin.v.
Hélas! vous qui nous avez emi)èchées de mourir, moi et ma pauvre maman! vous que j"ai vue si bonne pour moi, si bonne pour les faibles et pour les affligés, si compatissante aux femmes, aux enfants...
C'est aussi à eux que je songe aujourd'hui.
FIUDA, éclatant.
Non! non', allez-vous-en! C'est trop lâche, voyezvous, c'est trop lâche!
AWDOTIA, doucement.
Le meurtre n'est pas lâche quand c'est l'éternelle justice et l'éternel amour qui le commandent, quand la main qui donne la mort est désintéressée et quand, d'ailleurs, le coup est rapide et inopiné et n'ajoute point à la mort la souffrance. Le meurtre, enfin, n'est pas lâche quand le meurtrier a fait d'avance le sacrifice de sa vie... Moi, je ne tiens pas à la mienne. (Dun ton plus âpre.) Ah! ah! cela est facile et charmant d'aimer la justice et d'avoir [)ilié des opprimés quand tout se passe en rêves et eu belles paroles. Vous avez cru que cela durerait toujours, et, quand il s'agit de mettre pour de bon la main à l'ouvrage et de tuer ou de mourir, cela vous paraît dur, vous faites la dégoûtée, et votre tendre cœur se révolte... Ahl ah! qui donc est lâche de nous deux?
Allez-vous-en! allez-vous-en !
AWDOTIA, d'une voix moins rude.
Décidément vous refusez, Frida?
Ah! oui, je refuse.
Alors, venez avec moi.
Avec vous?
AWDOTIA.
Mais oui, avec moi. Des amis nous attendent non loin d"ici, à l'auberge qui est au point de jonction des routes de Steinbach et de Kirchdorf... Je vous avais crue plus forte. N'en parlons plus... Mais, puisque le cœur vous manque pour accomplir ce que nous attendions de vous, vous n'avez plus rien à faire ici.
F RIDA
Mais...
Avez-vous donc pense que, si j'ai pu me séparer de vous, de vous, ma plus chère fille, et si j'ai pu vous envoyer dans cette misérable cour, c'était pour y laisser couler votre vie inutile dans le luxe et dans la paresse pendant que vos frères meurent de faim? Auriez-vous, en effet, l'âme d'une demoiselle d'honneur?... Allons, venez, mon enfant. 11 ne faut pas que le prince Hermann vous retrouve ici.
FRIDA, couvrant son visage de ses deux mains.
Je l'aime.
Nous l'aimez! Vous en êtes là... Une misérable aventure d'amour, voilà où devaient aboutir tant de belles pensées, de magnanimes projets, et le culte oublié de votre grand-père le martyr!... Vous aimez le prince? Belle raison! Qu'est-ce que cela nous fait? Vous avaisje dit de l'aimer, moi?... Il ne faut plus laimer, voilà