ACTE TROISIEME
me donner toute sa confiance, je lui ai conté mon histoire, et ce que j'avais été pour vous, et ce que vous étiez pour moi. Et nous avons l'oit un complot... que je suis en train d'exécuter. C'est pour cela que Jeanne n'est pas revenue. Mais elle m'attend, — sur la route, probablement. — Que lui dirai-je de votre part?
CHAMBRAV.
Alors... Jeanne a beaucoup pleuré?
Oui, mon ami. Vous auriez trouvé vous-même que
c'était assez.
CHAMBRAY
Eh bien... Mais à quoi bon recommencer? Cela est-il même possible?
MADAME MÉRIEL.
Oui, mon ami; à une condition. Quand je soignais mon pauvre fils, j'étais d'abord très malheureuse parce qu'il semblait ne m'en savoir aucun gré... Il souffrait tant, que cela, en vérité, le dispensait de tout devoir... Je l'ai compris peu à peu; je n'ai plus rien attendu en retour de mes soins, et dès lors le peu qu'il me donnait m'a été d'un prix infini... Bref, je n'ai eu de joie, dans ma vie sacrifiée, qu'après avoir sincèrement renoncé à toute joie. A notre âge, il faut aimer sans exiger, sans désirer même un retour égal. Ne le croyez-vous pas?
C H A M B R A Y , les yeux fermés.
Je ne sais pas bien ce que vous me dites, mais parlez ! parlez! Je vous reconnais maintenant, je vous reconnais tout à fait... Parlez encore!
MADAME MÉRIEL.
Oui, écoutez-moi... et fermez les yeux... Il ne faut pas aimer pour soi; cela est bon pour les jeunes gens. On s'habitue à ce renoncement, vous verrez! Cela
devient même très doux. Qu'est-ce que Jeanne et ses enfants peuvent vous donner de meilleur que le bonheur même de vivre pour eux? Et je mets tout au pire! Car je sais, moi, qu'ils ont profondément souffert, elle et son mari, de votre rupture, qu'ils sont déchirés de remords, — bien que leur crime soit imaginaire, mon ami, — et qu'ainsi ils tâcheront de leur côté, les pauvres petits, de vous aimer encore mieux et plus fort qu'auparavant. Ce sera donc désormais, entre eux et vous, une lutte de désintéressement et de tendresse... Vous voyez bien qu'on peut recommencer!
(S'appi-ochant de Chambray.) DeS lamies?
CH.VMBRAV.
Oh ! toutes petites.
MADAME MÉRIEL.
Ce sont celles qui signifient le plus de choses.
CHAMBRAY
Celles-là signifient donc...
MADAME MÉRIEL.
Que vous vous rendez ?
CHAMBRAY
Il faut bien.
M A D A ME .MÉRIEL.
Ah! mon ami, que je suis heureuse!
CHAMBRAY
Tout de même, vous avez bien fait de revenir... Au
moins, vous ne me trahirez plus ?
MADAME MÉRIEL.
J'ai passé l'ûge des erreurs.
Comme nous allons bien vieillir ensemble I
MADAME MÉRIEL.
Le plus lentement possible, s'il vous plaît!