‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 3 sur 225 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

gênant. Pourquoi ne l'avoir pas gardé"? Il n'avait plus que quelques années à vivre : ne pouviez-vous le laisser mourir en paix? C'est conscience de changer si brusquement les habitudes d'un vieillard.

Oui, c'est vrai, il n'était pas méchant, et même nous l'aimions bien. Mais que voulez-vous? il n'était jamais là; toujours en voyage, à faire des lectures dans toutes les académies. On eût dit qu'il s'appliquait à nous démontrer que nous pouvions nous passer de lui. Et puis cela nous ennuyait, d'être le seul État américain qui eût conservé la monarchie, chose de la vieille Europe. On a son amour-propre, n'est-ce pas? Au reste, si jamais révolution a été pacifique et même cordiale, c'est bien la nôtre. Nous avons tenu à laisser à l'empereur sa liste civile. Nous l'avons embarqué avec beaucoup de politesse, sur un navire très confortable. Nous avions tous les larmes aux yeux en nous séparant.

MAUBERT

Bref, vous avez imaginé une nouvelle espèce de révolution : celle où les peuples seront polis et les monarques résignés. Une révolution ne sera plus qu'une lutte de courtoisie entre les vainqueurs et le vaincu. Les coups de chapeau y remplaceront les coups de fusil. Malheureusement je crains qu'ici ce ne soit un peu plus dur.

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