SCENE IV LA MARQUISE, LEVEAU
LEVEAU
Pourquoi ne l'avoir pas renvoyé plus tôt, méchante? J'ai tant de peine, vois-tu? à m'observer, à me contenir, quand je voudrais tant, mon Odette, t'avoir tout
178 LE DÉPUTÉ LEYEAU.
à moi, te regarder à mon aise, l'envelopper dans mes bras, te respirer...
Il veut respirer la nuque de la marquise et la prendre par la taille : elle se dcrolie.
LA MARQUISE, à part.
Cette rage de tutoiement! (Haut.) Prenez garde, je vous en prie.
LEVEAU
Vous avez peur qu'on ne nous écoute?
LA MARQUISE
Non, mais qu'on ne nous entende.
Pendant toute la scène, elle est inquiète, a peur d'être surprise. LEVEAU.
Je VOUS aime tant!
LA MARQUISE
Je croyais que vous aviez quelque chose à me dire?
LEVEAU
Est-ce ma faute, lorsque je te vois... (Mouvement de la marquise.) lorsque jc vous vois... si j'oublie le reste du monde?... Enfin, voici... Ma femme a demandé contre moi le divorce.
LA MARQUISE, d'un air d'étonnement profond.
Vraiment?
LEVEAU
Gomment elle a pu s'y décider, je vous le conterai plus tard. Je dois lui rendre cette justice, que la pauvre femme s'est montrée très raisonnable, très accommodante. Votre nom n'a pas été prononcé. Elle a consenti à ne se servir que d'un petit dossier que j'avais préparé depuis longtemps... des lettres de cabotines, d'insignifiantes liaisons d'autrefois. Grâce à des amis que j'ai.