‹ Théâtre de Jules Lemaître. -Chapitre 119 sur 273 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

l'affaire a été menée rapidement et sans tapage. Dans quinze jours, au plus tard, le divorce sera prononcé, et je serai libre. Libre d'être entièrement à vous, et libre bientôt de vous adorer à la face du monde. Quoi donc? vous ne paraissez pas contente ?

LA MARQUISE, très douce.

C'est si grave, mon ami, ce que vous venez de faire là! Avez-vous bien réfléchi? Ne vaudrait-il pas mieux revenir sur vos pas? Pourquoi ce scandale inutile? Puis, songez au chagrin de votre fdle, et jose dire de votre femme, à qui vous n'avez rien à reprocher, et qui est, dans tout ceci, la plus innocente des victimes.

LEVE.\U, vaguement inquiet.

Ma fdle n"a plus besoin de moi. Quant au chagrin que je puis causer à une autre... le plus fort est fait depuis longtemps, vous le savez bien. Enfin, ce que je vous annonce est irrévocable.

Pourquoi ne pas m'avoir consultée, tenue au courant?...

LEVEAU

Je voulais vous faire une surprise.

LA MARQUISE, de plus en plus douce.

Elle y est, la surprise.

LEVEAU

Vous m'avez voulu tout à vous, je vous ai obéi... Maintenant, qu'allez-vous faire, vous?

LA MARQUISE

Comment, ce que je vais faire?

LEVEAU

Ne m'avez-vous pas dit que vous étiez jalouse de ma femmf? Ne m'avez-vous pas prié de choisir entre elle et vous?

LA MARQUISE

C'est bien possible, mon ami, et vous ne vous plaindrez pas, j'espère, du sentiment qui me faisait parler.

LEVEAU

Ne m'avez-vous pas dit que vous étiez malheureuse, que vous n'aimiez pas votre mari?

LA MARQUISE

Sans doute.

Et que vous aviez contre lui les griefs les plus sérieux, des griefs qui le mettraient à votre discrétion le jour où il vous plairait de les faire valoir?

LA MARQUISE

Je n"ai pas dû vous dire tout à fait cela.

LEVEAU

Un jour que je vous demandais : * Si nous étions libres tous deux, m"épouseriez-vous? » ne m'avez-vous pas répondu : « Oui, mon ami i?

LA MARQUISE

Et je suis prête à vous le dire encore.

LEVEAU

Eh bien, puisque votre mari vous rend malheureuse, puisque vous ne l'aimez pas, puisque vous m'aimez, puisque je suis libre, puisque vous pouvez vous affranchir, j'attends.

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