ACTE TROISIEME. isi
LA MARQUISE
Quoi?
LE VEAU
Que vous me disiez...
LA .MARQUISE
Je ne comprends pas : qu'ai-je à vous dire?
LEVEAU
Mais... que vous allez divorcer à votre tour, comme vous me Tavez promis.
Je n'ai jamais pu vous promettre cela, mon ami.
LEVEAU
Le mot n'a peut-être pas été prononcé. Mais le sens de vos réponses était assez clair, et il n"y avait pas une autre façon de les interpréter.
LA MARQUISE
Je crains, mon ami, que vous n'ayez pas très bien compris... Il est probable que vous avez pris pour des engagements de vagues réponses complaisantes que m'arrachait... à certains moments... l'insistance de vos questions.
LEVEAU, très inquiet.
C'est une épreuve, Odette? Dites-moi que ce n'est qu'une épreuve, un jeu cruel... plus cruel que vous ne pensez... Vous ne répondez rien? Enfin, j'ai dû croire que vous m'aimiez... Une femme comme vous ne se donne pas sans amour... Alors vous ne m'aimez donc pas?
LA MARQUISE
Ne puis-je vous prouver mon affection qu'en me perdant?
LE VEAU, se montant.
Vous ne serez pas perdue pour n"ètre qu'à moi... Oui ou non, êtes-vous disposée à tenir votre promesse?
Encore une fois, je n'ai rien promis de semblable.
LEVEAU
Êtes-vous disposée, oui ou non, à faire pour moi ce que j'ai fait pour vous?
LA MARQUISE
Mais, mon ami...
LEVEAU
Ne cherchez pas à vous dérober. Répondez oui ou non.
LA MARQUISE
Mais...
LEVEAU, la prenant par le bras.
Oui ou non?
LA MARQUISE
Je suis désolée, mon ami, de ce malentendu... Je regrette d'avoir pu y prêter par l'abandon et la tendresse même de mes causeries avec vous... Mais, puisque vous m'obligez à formuler ce que le simple bon sens devrait vous faire deviner et comprendre...
LEVEAU
Oui ou non?
LA MARQUISE
Eh bien... non. (Elle fait en même temps avec ses mains un
geste de prière pour le calmer.) Je ne peux pas, mon ami, je ne peux pas.
LEVEAU, à part.
Il avait donc raison, ce petit, tout à l'heure? (iiaut.)