SCENE VIII
Les Mêmes, ANDRÉ DE VOVES.
ANDRÉ
Madame... Bonjour, maman... Savez-vous qui je viens de rencontrer à deux pas d'ici? Votre petite amie madame Rousseau et ce fat de Bretigny. Ils causaient avec une animation! Ils ne m'ont pas vu, et cela vaut mieux. Mais cette petite femme est bien imprudente.
MADAME DE VOVES.
Ah ! mon Dieu !
ANDRÉ
Oh! elle n'est encore qu'imprudente, croyez-le bien, et c'est parce que j'en suis persuadé que je vous dis ce que j'ai vu. Et c'est aussi parce que je sais que vous vous intéressez à cette jeune folle. Si vous pouviez, ma chère mère, la conseiller, l'avertir, vous rendriez un signalé service à mon vieil ami Rousseau, qui a si bien mérité de n'être pas malheureux.
MADAME DE VOVES.
J"essayerai, mon cher enfant, quoique cette jeune folle, comme tu dis un peu durement, ne soit pas très facile à conseiller ni à diriger. Mais c'est justement cela qui me rassure un peu. Elle a en elle quelque chose de fier et d'indomptable qui la préservera, j'espère. Elle peut être folle, elle n'est point vile.
ANDRÉ
Eh! qu'elle soit ce qu'elle voudra! Ce n'est pas elle qui m'intéresse là dedans, c'est son mari. C'est à cause de lui que je vous préviens. En la sauvant, si c'est encore possible, c'est lui que je voudrais sauver.
MADAME HERBEAU.
Voilà un ami comme on n'en fait plus! Généralement, ce n'est pas à préserver la vertu des femmes de leurs amis intimes cju'on voit les hommes occupés. Vous me rafraîchissez l'àme chaque fois que je vous rencontre, mon cher monsieur André.
ANDRÉ
Madame, cela m'est tout à fait égal de passer pour un honnête garçon. Je brave le ridicule. Mon atïection pour Pierre Rousseau date de l'enfance. Nous avons été camarades de collège. C'était déjà un ours, un vrai mathématicien, — mais le cœur le plus sensible, le plus délicat, une Ame de jeune fille. Il était pauvre.