ACTE PREMIER
SCÈxNE V
Les iMÈMEs, moins JACQUES.
MADAME AUBERT
Docteur, c'est tout à fait un grand seigneur, n'est-ce pas. que le comte de Tièvre?
LE DOCTEUR
Oui... très vieille famille... extrêmement riche.
MADAME AUBERT
Quarante... cinq ans?
LE DOCTEUR
A peu près.
MADAME AUI5ERT.
Un peu... fatigué et d'humeur assez morose, à ce qu'il me semble"?
LE DOCTEUR
C'est e.xact.
MADAME AUBERT
Pensez-vous qu'il se marie jamais?
LE DOCTEUR
Je pense qu'il en est à mille lieues.
MADAME AUliERT.
Ou que, si l'idée lui en venait un jour, il se marierait ailleurs que dans son monde?
LE DOCTEUR
Évidemment non.
Ne v(His donnez donc pas tant de peine, ma chère
mère. Monsieur de Tièvre m'est fort indifférent. J'ajoute qu'il est médiocrement aimable, avec moi du moins.
MAD.VME .HUBERT.
T'ai -je dit que j'avais des nouvelles du baron Hulard"?
MARTHE
Mon vieil amoureux?
MADAME AUBERT
Je sais de bonne source qu'il est tout prêt à demander ta main, et qu'il n'attend pour cela qu'un mot d'encouragement.
MARTHE
Qu'il attende donc... Quel Age a-t-il?
MADAME AUBERT
Ma pauvre enfant, il faut voir les choses comme elles sont. Tu n'as point de dot, car ton père a eu le malheur de perdre toute sa fortune, et moi, je n'ai presque plus rien... Tu m'as paru quelquefois sensible aux avantages de la richesse. Or, ne t'y trompe pas, tu ne peux les rencontrer que dans de certaines conditions. La disproportion des âges en est une, notamment, à laquelle tu dois t'attendre...
MARTHE
Mais vous ne me jugez donc bonne qu'à faire une garde-malade toute ma vie?... Si encore ce n'était que cela!... Mais il y a autre chose... que je ne puis vous dire... N'en parlons plus, ma mère, je vous en prie.
MADAME AUBERT
N'en parlons donc plus.
Pendant ce qui suit, Marthe lit, madame .\uljert fait du crochet; elles parlent de temps en temps.