ACTE DEUXIÈME
Simone, répondoz-moi, je vous prie, comme à un vieil ami très respectueux et très dévoué... Ce à quoi rêvent les jeunes filles... n"y avez-vous jamais songé?
SIMONE
Moi? Ouellequestion!... Oui... i)eul-ètre... autrefois... quand j'avais quinze ans...
JACQUES
Et maintenant?
SIMONE
Si j'y songeais, ce serait comme à quelque chose d'impossible et qui n'est pas fait pour moi.
JACQUES
Kn ètes-vous sûre?
Hélas!
JACQUES
Quelle preuve en avez-vous?
SIMONE
Mon expérience... On plaint une malade, on lui témoigne de la sympathie. On ne l'aime pas. Pour aimer et pour être aimé, la première condition c"estde vivre, et je vis à peine.
^'ous allez ijeauconp mieux.
s I .M ( ) N E . Oui, un peu mieux, jusqu'à ce que j'aille plus mal. Je connais cela.
JACQUES
Mas moi, par exemple, quel sentiment croyez-vous que j'éprouve pour vous?
Vous, vous êtes très bon. Je crois que vous faites plus que de me plaindre. Nous nous entendons très bien. Vous ne vous impatientez jamais de mes tristesses, de mes plaintes, même de ce qu'il peut y avoir quelquefois d'affecté dans mes résignations... Oh! ne protestez pas... Je sais bien que je parle* beaucoup de moi (ce n'est pas ma faute) et que ma conversation ne doit pas être toujours amusante... Eh bien, vous supportez tout cela très gentiment... Enfin, je crois que vous avez pour moi un peu de réelle affection... Oui, je le crois, et j'en suis heureuse... Mais alors, pourquoi me poser ces questions qui me font mal?
JACQUES
Parce qu'il le faut bien. Car vous vous trompez, mademoiselle Simone, ce n'est pas de l'affection que j'ai pour vous, c'est beaucoup plus... Oui, au commencement, ce n'était que de l'intérêt, un peu de curiosité, si vous voulez... Puis, quand je vous ai mieux connue et que j'ai pu voir tout ce qu'il y a, sous votre grâce de petite fleur encore un peu languissante, tout ce qu'il y a chez vous de courage, de bonté, de raison, alors, c'a été vraiment de l'estime et de l'amitié... Puis, peu à peu, cela est devenu toujours plus tendre et plus profond... Le sentiment qui m'attachait à vous avait quelque chose de particulier, de presque unique. II me semblait que ce sentiment était né d'une conformité secrète de nos destinées en dépit des différences extérieures. Nous étions deux isolés. La vie de retraite et de renoncement à laquelle vous étiez obligée par la maladie, je la recherchais, moi, par lassitude et dégoût des hommes. Certes, notre détachement n'était pas de même sorte et n'avait point les mêmes causes ; vous, si jeune et intacte, moi, si vieux et qui ai abusé de tout. Mais, je ne sais comment, il avait pour effet de nous faire sen-