ACTE TROISIÈME
LE DOCTEUR
D'abord cet isolement où elle est rejetée. Et puis je ne serais pas étonné que, dans les premiers temps que vous fréquentiez la maison, elle ne se soit figuré...
Elle a eu tort.
LE DOCTEUR
Elle était assez excusable, avouez-le... Le mieux eût été de l'éloigner après le mariage de sa sœur. Mais elle n'a point de famille, sauf une vieille grand'mère impotente et pas riche... On l'a donc gardée, pour son malheur. Dieu sait à quoi elle pense; mais, sérieusement, elle m'inquiète. Avez-vous remarqué qu'elle n'a plus du tout, mais plus du tout, ses belles couleurs?
Elle s'ennuie, je ne dis pas. Cela passera. Je n'ai rien contre elle; mais, que voulez-vous? elle ne m'intéresse pas. Belle fille, pas mauvaise, mais tellement insignifiante! Une femme à la douzaine, je vous dis !
LE DOCTEUR
Cela vaudrait mieux pour elle, mais ne vous y fiez pas. C'est l'eau qui dort. Je la crois, au fond, de la race des passionnées et des violentes.
JACQUES
Justement, je ne peux pas souffrir ces femmes-là. Les autres non plus, du reste.
LE DOCTEUR
Enfin voici ce que je voulais vous dire. D'ordinaire, vous lui adressez à peine la parole, et c'est comme si elle n'existait pas pour vous. Sans doute, cela s'explique assez par l'unique souci qui vous absorbe.
Mais cela est mauvais. Puisque mademoiselle Marthe est obligée de vivre avec vous, traitez-la cordialement, amicalement; montrez-lui qu'elle compte pour quelque chose dans la maison, qu'on lui sait gré des services qu'elle y rend et du peu de bruit qu'elle y fait. Parlezlui simplement, en bon camarade. Établissez bien ce ton entre vous, une fois pour toutes... Je vous dis cela parce que je vous considère après tout comme un honnête homme.
JACQUES, souriant.
Trop bon !
LE DOCTEUR
Je ne vous parais pas trop me mêler de ce qui ne me regarde pas?
JACQUES
Tout ici vous regarde, docteur. Je me souviendrai de ce que vous me dites là... Je ne vaux pas grand'chose, mais il m'a toujours été insupportable qu'on souffrît à cause de moi... Je me souviendrai.