ACTE TROISIEME
SIMONE
A quoi pensez-vous, mon ami?
JACQUES
A vous. (Il se rapproche.) Vous ctes jolie, Simone, très jolie!
Il se rassied près d'elle, et cette fois la prend par la taille. SIMONE.
Je voudrais l'être pour vous, mon ami; je voudrais vous plaire beaucoup, pour que vous vous souveniez de moi plus longtemps. Cela vous fera de la peine, mais cela vous fera aussi du bien. Je ne sais pas comment vous avez vécu avant de me connaître, mais je crois bien que je suis la meilleure action de votre vie. Vous souvenir de moi, ce sera vous souvenir du temps où vous aurez été le meilleur. Et cette pensée vous soutiendra, vous fortifiera dans les chagrins et dans les tentations. Ainsi, je vous servirai toujours à quelque chose... N'est-ce pas que vous ne m'oublierez jamais?
JACQUES. Il a peu à peu attiré Simone sur ses genoux et la tient tout entière embrassée; très ému.
Non, ma chère enfant; non, ma petite fille...
s 1 M UNE.
C'est tout?
JACQUES
Non, ma chère petite femme.
Il la baise sur la liouche.
SIMONE, très remuée.
Ah! mou ami, c'est la première fois que vous m'embrassez ainsi... (so retirant tout à coup.) Prenez garde, j'entends des pas... Je suis ridicule. Qu'est-ce que nous faisons de mal?... Mon ami, voulez-vous me faire un grand plaisir? Allez dans ma chambre: ouvrez mon
armoire; voici la clef, que je vous confie. Vous y trouverez dans un coin, en bas, une petite corbeille à ouvrage. Vous me l'apporterez.
JACQUES
Et qu'est-ce qu'il y a, dans cette corbeille à ouvrage?
SIMONE
Vous vous moquerez de moi.
JACQUES, protestant. Oh!
SIMONE
Il y a... des petits riens... auxquels je travaille quand on ne me voit pas.
JACQUES
Mais quoi, encore?
SIMONE
Il y a... ne riez pas! un petit bonnet, une petite brassière... Dame! on ne sait pas. Quand on est mariée...
JACQUES, souriant.
C'est vrai, on ne sait pas.
Il sort par la porto du fond. Marthe entre presque aussitôt par l'autre porte.